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La dictée du Moussaillon

à Saint-Nazaire

 

 

 

Octobre

2003

 

Les grands voiliers transocéaniques venaient de cesser leur activité.

En 1926, un cours à l’école d’hydrographie permit au bosco Jules Dubosc d’embarquer comme second sur la Frivole, une goélette à huniers armée au cabotage international. Ses services se limitèrent d’abord au transport des produits maraîchers entre ports bretons, avec de rares incursions outre-Manche pour livrer des poteaux de mine. Mais une nouvelle utilité apparut bientôt avec l’avitaillement des terre-neuvas en sel de Bayonne.

Un chalutier viendrait dans les eaux islandaises transborder sur la Frivole sa cargaison de morues salées et embarquer en échange le sel nécessaire à la conservation des futures captures. Il pourrait ainsi débanquer beaucoup plus tard.

Dubosc, que le petit cabotage ennuyait, retrouva rapidement l’enthousiasme de son âme hauturière, d’autant plus qu’il dut entre-temps remplacer son capitaine, Louis Cornally, cloué à terre par des attaques de goutte.( fin de la dictée " jeunes ")

Ce jour-là Dubosc s’affairait sur le quai de Baccalan à Bordeaux, où la Frivole était amarrée. Suspendues aux drisses du maroquin, des mannes en osier venaient déverser le sel dans la cale. Le capitaine surveillait la juste répartition de la cargaison entre les membrures et le bardis ( ou bardit) que l’on avait construit pour éviter le ripage en cas de forte houle et de roulis prononcé.

La Frivole était maintenant chargée ras la gueule ; les fargues émergeaient à peine de l’eau. Dubosc signa le connaissement et le manifeste de douane. Un remorqueur à vapeur vint prendre à couple la goélette pour la descendre jusqu’aux ducs d’Albe de Pauillac. C’est là qu’elle attendrait la renverse ; on établirait alors une petite toile pour sortir de la Gironde sans recourir aux services jugés dispendieux du pilotage.

Inquiet, le capitaine envoya vérifier la fixation du prélart sur les hiloires et ordonna de garder l’ancre caponée pendant toute la descente. [Total d’environ 310 mots.]

Texte de Michel Rival, André Le Nay, conseiller technique. ..

 

Barême :

1 point par faute d’usage ou de grammaire ;

1/2 point pour confusion entre majuscule et minuscule, trait d’union , accent manquant ou en trop (1 point pour accent permettant une distinction grammaticale).

Deux points enlevés par mot au maximum. Pas de faute pour la ponctuation, qui est dictée, ni pour les noms propres sauf prononciation non respectée.

 

Les termes spécifiques de la marine sont tirés de quelques ouvrages spécialisés, notamment :

- Le Dictionnaire de la mer, de Jean Merrien.

- Les Grands Voiliers, des éditions du Chasse-marée.

- Hommes et Navires au Cap Horn, de Jean Randier.

 

En matière d’orthographe et syntaxe, les références sont les dictionnaires Robert, Larousse, Grevisse (Le bon usage), le Dictionnaire de la mer de Jean Merrien, et le correcteur orthographique du logiciel Word.

 

 

 

Mars

2002

 

Saint Nazaire, le 2 mars 2002

 

Au début des années vingt, l'armateur nantais Bordes s'était épris de ces grands voiliers que l'essor de la propulsion à vapeur avait relégués.

Il n'aimait rien tant que d'aller, le long du canal de la Martinière, contempler ces fières embarcations aux allures de clippers, qui cinglaient naguère dans la houle et attendaient désormais qu'on vînt les tirer de leur sommeil. Séduit par leurs fines carènes et leurs élégants gréements, Bordes rêvait de rouvrir, grâce à ces long-courriers, la route du cuivre et du nitrate chiliens.

C'est sur un quatre-mâts barque qu'il avait d'abord jeté son dévolu. Avec le capitaine Kersantec, un fils de terre-neuvas, et la dizaine de matelots que celui-ci s'était adjoints, il caressait le projet d'une prochaine traversée. On n'en était pas encore là. Amarré devant Paimbeuf, le Bel Avenir au nom prometteur montait et descendait au gré des marées. Charpentiers, riveteurs et calfats officiaient du fond de la cale jusqu'au spardeck, examinant scrupuleusement varangues, baux et barrots, vérifiant les emplantures, remettant à neuf le vaigrage.

Devant la barre, Quérec, vieux bourlingueur promu bosco, achevait d'installer un renard, qui serait bientôt prêt à accueillir les poules. Lorsqu'il en eut fini, cherchant un homme qui pût envoyer un pavillon, il avisa, embossé près du puits de chaîne, Dubosc, le dernier moussaillon recruté. Une bordée d'injures s'abattit sur celui-ci : "Foutu cap-hornier!... gabier de poulaine!... mentalité de yachtsman!"... Mais le pavillon monta bientôt dans la brise océane ; Quérec se frotta les mains : sûr qu'on pourrait appareiller avant la prochaine syzygie!

Les termes spécifiques de la marine sont tirés de quelques ouvrages spécialisés, notamment : - Le Dictionnaire de la mer, le Jean Merrien. - Les Grands Voiliers, des éditions du Chasse-marée. - Hommes et Navires au Cap Horn, de Jean Randier.  

 

 

 

Février

2001

 

Saint Nazaire, le 4 février 2001

par Michel RIVAL.

Paysage marin.

L'avant-port était délimité par deux môles projetés loin en avant, solides constructions capables de défier les forces conjuguées des éléments. Un vaste bassin à marée était enserré entre ces bras puissants, dont chacun tenait en son poing le flambeau d'un petit phare.

Le long de l'une des jetées, deux remorqueurs dormaient paisiblement dans l'attente de la prochaine sortie. Amarrés de l'autre côté, trois mouille-cul étaient venus se blottir, squattant cet espace protecteur taillé trop grand pour eux. En s'avançant jusqu'au musoir de la jetée ouest, on découvrait un peu plus loin un bateau d'un autre âge, mangé de rouille, et qui semblait avoir dû mouiller là en urgence.

L'accastillage paraissait sérieusement détérioré ; le pont était encombré de glènes de cordage, d'élingues ou de ralingues abandonnées çà et là. Un homme s'affairait sous un cartahu, un autre avait engagé une barre d'anspect dans l'amolette d'un cabestan.

Du côté de la terre, la vue balayait une zone apparemment colonisée par la construction et la réparation navales. Une vieille coque y avait été halée ; sa largeur au maître-bau n'excédait pas les quinze mètres ; on l'avait coiffée d'un taud et prudemment accorée (de loin, on eût pu croire à un ber) en ne lésinant pas sur les étançons. En arrière, une forme de radoub accueillait un cargo en attente de carénage, la coque métallique balafrée à hauteur du bouchain. De l'étrave à l'étambot, sa quille reposait sur les tins.

Les termes spécifiques de la marine sont tirés pour l'essentiel : du Dictionnaire de la mer de Jean Merrien (Editions Robert Laffont.)

Guide des termes de marine (Ed. Le Chasse-Marée).

 


 

Dimanche, le Fort de Villés a abrité 35 candidats fins prêts pour la troisième édition de la dictée du Moussaillon. Cette année, le texte était plus simple, dixit Michel Rival, son auteur...

Trente-cinq personnes dont douze jeunes ont participé à la dictée du Moussaillon, au Fort de Villès. Répartis dans deux salles, les candidats, habitués et nouveaux venus, ont pris connaissance du texte préparé par Michel Rival, avec l'aide d'André Le Nay. 110 mots pour les moins de 16 ans, 240 de plus pour les adultes, avec pour ces derniers une quarantaine de termes spécialisés de marine, voilà ce qui les attendait. Si certains se sont soigneusement préparés en réalisant des lexiques, d'autres sont venus les mains dans les poches. "Je fais la dictée depuis ses débuts. J'ai "révisé" à la Médiathèque", explique Jeanne. Michel vient pour la première fois. "Je n'ai rien préparé, je viens pour m'amuser". Il y en a qui, pour l'occasion, ont appris où se trouvait le Fort de Villès... Les enfants n'ont pas spécialement révisé. "On fait suffisamment de dictées à l'école", ont commenté Estelle et Albin, deux habitués.

Extrait : "Une vieille coque y avait été halée ; sa largeur au maître-bau n'excédait pas les quinze mêtres ; on l'avait coiffée d'un taud et prudemment accorée (de loin, on eût pu croire à un ber) en ne lésinant pas sur les étançons". Voilà un savoureux échantillon de termes aptes à malmener les méninges! Heureusement, Michel avait précisé que cette année c'était plus simple... "Certaines personnes n'osent pas venir de peur de faire trop de fautes... C'est dommage, ce n'est qu'un jeu".

Pour l'année prochaine, Michel envisage déjà une autre forme d'exercice, peut-être un texte à trous. Il a tout le temps de réfléchir à un autre genre de joute intellectuelle... Pendant la correction, les participants ont partagé un goûter et en fin d'après-midi, les résultats étaient connus.

Lauréats : Jeanne Moreau, pour les adultes, avec 6 fautes. Albin Tonnerre, 13 ans, a réussi le sans faute (Albin est lauréat pour la deuxième fois, après avoir terminé deuxième en 1999). Tous les gagnants ont pu choisir leur lot parmi ceux offerts par La Voix Au Chapitre, le Comptoir du Pêcheur et le Crédit Maritime.

(Journal Ouest France)

 

 

 

 

 

 

1999

 

LA DICTEE DU MOUSSAILLON

 

Deux ans déjà que Jean-François Dubosc naviguait. On l’avait tout de suite surnommé le hardi moussaillon : pas un pareil pour grimper dans la mâture ou aller raccrocher une drisse. On n’était plus aux temps héroïques des Jean Bart ou des Duguay-Trouin, mais c’étaient encore les grandes années de la marine à voile.

En ce début de juin de l’an de grâce 1773, la Fine de Brise devait appareiller incessamment. Par l’échelle de coupée, Dubosc gagna vivement le pont ; ce départ lui fouettait le sang ; bien sûr il aimait aussi les retours : l’instant d’avant, avec un brin de nostalgie, il envisageait ce jour futur où, la terre en vue, voiles affalées, le navire courrait à nouveau sur son erre. Mais pour l’instant il s’agissait de partir. Revigoré, ses forces renouvelées, il était heureux jusqu’au tréfonds de son être. ( Fin de la dictée pour les juniors : moins de 16 ans.)

Dubosc arpenta le pont, s’arrêta au pied du grand mât. Il avait plaisir à retrouver son bateau. Ah ! que d’agrément avait le gréement ! Et que l’étai était beau ! Il effleura et caressa les bordés. De vraies délices que tout cela ! Il testa machinalement la tension du galhauban du petit mât de hune… Mais il fallait agir : le navire bougeait déjà, les ancres avaient rejoint les écubiers. Agrippé au beaupré, un matelot tentait de fixer au bout-dehors un rétif hale bas. On voyait des focs étarqués, mais les perroquets faseyaient (ou faseillaient), ainsi que l’ourse et la perruche. Vergues et balancines griffaient les étendues bleu clair du ciel..

La terre commençait à s’éloigner du vaisseau. Un dernier remords s’éteignit dans l’esprit du garçon. Tout ragaillardis, ses compagnons et lui se projetteraient dorénavant dans l’aventure qui les attendait ; dans ces moments-là, ils s’étaient toujours donné mutuellement des espoirs. « Aller chasser l’Anglais », c’est tout ce qu’avait entendu le moussaillon entre bâbord et tribord ; il n’en savait pas plus.


Les termes spécifiques de la marine sont tirés de quelques ouvrages empruntés à la médiathèque de Saint-Nazaire (section maison de quartier de Kerlédé) et notamment de l’ouvrage illustré intitulé : Marine d’hier et d’aujourd’hui. Les autres références orthographiques sont les dictionnaires Robert, Larousse, Grevisse (Le bon usage), et le correcteur orthographique du logiciel Word 97.


 

Epreuve subsidiaire 1. Certains des termes figurant ci-dessous désignent des bateaux. Vous avez 2 minutes pour entourer ceux qui sont dans ce cas. boutre brick congre cotre flop jonque ketch knout largue lougre punk putsch reître sloop souk soute touque viorne yack

Epreuve subsidiaire 2. Ecrivez la phrase suivante : Les bateaux s’étaient succédé à la chaîne ; on en avait déchargé nuitamment, mais on avait dû en laisser délester d’autres.