
Saint Nazaire, le 4
février 2001
par Michel RIVAL.
Paysage marin.
L'avant-port était
délimité par deux môles projetés loin en
avant, solides constructions capables de défier les forces
conjuguées des éléments. Un vaste bassin à
marée était enserré entre ces bras puissants,
dont chacun tenait en son poing le flambeau d'un petit phare.
Le long de l'une des jetées,
deux remorqueurs dormaient paisiblement dans l'attente de la prochaine
sortie. Amarrés de l'autre côté, trois mouille-cul
étaient venus se blottir, squattant cet espace protecteur taillé
trop grand pour eux. En s'avançant jusqu'au musoir de la jetée
ouest, on découvrait un peu plus loin un bateau d'un autre
âge, mangé de rouille, et qui semblait avoir dû
mouiller là en urgence.
L'accastillage paraissait
sérieusement détérioré ; le pont était
encombré de glènes de cordage, d'élingues ou
de ralingues abandonnées çà et là. Un
homme s'affairait sous un cartahu, un autre avait engagé une
barre d'anspect dans l'amolette d'un cabestan.
Du côté de la
terre, la vue balayait une zone apparemment colonisée par la
construction et la réparation navales. Une vieille coque y
avait été halée ; sa largeur au maître-bau
n'excédait pas les quinze mètres ; on l'avait coiffée
d'un taud et prudemment accorée (de loin, on eût pu croire
à un ber) en ne lésinant pas sur les étançons.
En arrière, une forme de radoub accueillait un cargo en attente
de carénage, la coque métallique balafrée à
hauteur du bouchain. De l'étrave à l'étambot,
sa quille reposait sur les tins.
Les termes spécifiques
de la marine sont tirés pour l'essentiel : du Dictionnaire
de la mer de Jean Merrien (Editions Robert Laffont.)
Guide des termes de marine
(Ed. Le Chasse-Marée).
Dimanche, le Fort de Villés a abrité
35 candidats fins prêts pour la troisième édition
de la dictée du Moussaillon. Cette année, le texte était
plus simple, dixit Michel Rival, son auteur...
Trente-cinq personnes dont douze jeunes ont
participé à la dictée du Moussaillon, au Fort
de Villès. Répartis dans deux salles, les candidats,
habitués et nouveaux venus, ont pris connaissance du texte
préparé par Michel Rival, avec l'aide d'André
Le Nay. 110 mots pour les moins de 16 ans, 240 de plus pour les adultes,
avec pour ces derniers une quarantaine de termes spécialisés
de marine, voilà ce qui les attendait. Si certains se sont
soigneusement préparés en réalisant des lexiques,
d'autres sont venus les mains dans les poches. "Je fais la dictée
depuis ses débuts. J'ai "révisé" à la
Médiathèque", explique Jeanne. Michel vient pour la
première fois. "Je n'ai rien préparé, je viens
pour m'amuser". Il y en a qui, pour l'occasion, ont appris où
se trouvait le Fort de Villès... Les enfants n'ont pas spécialement
révisé. "On fait suffisamment de dictées à
l'école", ont commenté Estelle et Albin, deux habitués.
Extrait : "Une vieille coque y avait été
halée ; sa largeur au maître-bau n'excédait pas
les quinze mêtres ; on l'avait coiffée d'un taud et prudemment
accorée (de loin, on eût pu croire à un ber) en
ne lésinant pas sur les étançons". Voilà
un savoureux échantillon de termes aptes à malmener
les méninges! Heureusement, Michel avait précisé
que cette année c'était plus simple... "Certaines personnes
n'osent pas venir de peur de faire trop de fautes... C'est dommage,
ce n'est qu'un jeu".
Pour l'année prochaine, Michel envisage
déjà une autre forme d'exercice, peut-être un
texte à trous. Il a tout le temps de réfléchir
à un autre genre de joute intellectuelle... Pendant la correction,
les participants ont partagé un goûter et en fin d'après-midi,
les résultats étaient connus.
Lauréats : Jeanne Moreau, pour les
adultes, avec 6 fautes. Albin Tonnerre, 13 ans, a réussi le
sans faute (Albin est lauréat pour la deuxième fois,
après avoir terminé deuxième en 1999). Tous les
gagnants ont pu choisir leur lot parmi ceux offerts par La Voix Au
Chapitre, le Comptoir du Pêcheur et le Crédit Maritime.
(Journal Ouest France)