Sur
une question de Mr J.P. Hiard, et avec la collaboration
de messieurs A. Bare, D. Jegou & A. Le Nay.
La fonction de "Charpentier" a
désormais disparu dans la Marine Marchande Française,
ainsi que dans les marines Européennes. C'était un homme
de la Maistrance appelé "Bout de Bois" sur les navires
Français ou il disposait la plupart du temps d'un atelier
spécifique sous le gaillard d'avant.
L'anglicisme correspondant étant
"Mr Chips" (pour copeaux)], il était en charge de tout
ce qui avait trait au bois à bord des navires. Il avait
à peu près le même niveau dans la hiérarchie du bord que
le Maître d'Equipage, ou "Bosco", et dépendait directement
du Second Capitaine pour effectuer tous travaux ne relevant
pas expressément du Service Machine. C'était le "Technicien"
du Pont, et il travaillait à la journée, n'étant pas astreint
au quart.
Il fabriquait les "bardis", sortes
de cloisons dans les cales de vrac pour séparer les cargaisons
et en empêcher le ripage, des parquets de double-fonds,
ou de paracloses, pour protéger les tôles des chocs de
cargaisons diverses, des "bers" et des cales pour l'accorage
de certains colis. Il s'occupait des mâts de charge, mais
aussi des ponts en bois. En dehors des espaces de chargement,
il intervenait également dans les emménagements pour réparer
le mobilier ou faire les vernis de la passerelle.
Sur les paquebots il avait la charge
de la maintenance des hublots. Curieusement pompiste avant
l'heure, il était en charge des sondes dans les cales
qu'il relevait chaque jour, et du graissage des apparaux
de pont tels que guindeaux et treuils plus l'entretien
des chaînes, ancres et puits correspondants. L'étanchéité
des panneaux de cales faits à l'époque de madriers accolés
revêtus de prélarts coinçés par des coins de panneaux
en bois relevaient également de sa compétence. Il pouvait
être appelé à confectionner des batardeaux dans les œuvres
vives du navire y compris dans la machine. Sans oublier
le calfatage périodique éventuel des canots de sauvetages
en bois, et la confection d'une piscine entre deux panneaux
de cale sur les navires qui s'y prêtaient, et qui desservaient
évidemment des lignes aux climats adéquats.
Ses copeaux étaient précieux pour
l'allumage du barbecue hebdomadaire dont les braises tenaient
des chutes de madriers conservées soigneusement à cet
effet. Un petit goût de résine parfumait parfois les côtelettes
d'agneaux de Nouvelle Zélande… Et le bois a peu à peu
quitté les navires modernes… Les restrictions de personnels
ont fait le reste. Ces hommes intéressants, indépendants
et souvent très ingénieux ont disparu des Listes d'Equipage.