Le glossaire maritime par Michel Salvy

 

 

Lundi 11 juin 2007

" Quart"
 

 

 

 

Du latin « Quartus » pour la quatrième partie d’une unité.

Comme trois est le quart de douze, il y a trois « quarts » dans la marine !?

Moitié le jour et moitié la nuit, à l’évidence !

Les « quarts » sont ici les temps de service effectif de veille, de jour comme de nuit. Ils font généralement 4 heures.

Par extension le « quart » est aussi le service assurant en permanence la marche d’un navire, soit aussi la fraction de l’équipage qui en a la charge.

Sur un navire, quel qu’il soit, les règlements internationaux prévoient qu’il y ait une veille permanente, auditive et visuelle, du personnel affecté à la conduite du navire. Donc 24h00/24h00.

Ainsi, le personnel de conduite, et lui seul, travaille par « quarts », soit 2 x 4h00 (quart de jour + quart de nuit) en général. Le reste du personnel, qui est « hors quart », travaille donc à la journée selon des horaires classiques avec une amplitude de 8 à 12 heures par 24 heures.

L’officier « Chef de quart » (autrefois « Quartenier ») est celui qui est responsable de la conduite du navire suivant les ordres du Commandant. Et souvent, de nuit sur les navires automatisés quand tous dorment sauf lui, il est pendant ses 4 heures « Le seul Maître à bord après Dieu et le Commandant » … auxquels il arrive de dormir, eux aussi !!!

Mais le « quart » (la veille) peut aussi être de 2 x 6h00 sur certains petits navires armés au cabotage, ou de 1 x 4h00 + 1 x 3h00 s’il y a 3 lieutenants et que le second capitaine « en fait un bout » sur les gros navires.

Dans la Marine Nationale, il y a aussi un « quart » tournant sur certains navires qui ne font pas vraiment du long cours. Le travail s’y effectue en deux bordées, l’une de « quart » est de service toute la journée et de veille par roulement la nuit, l’autre a la nuit franche et n’est de service qu’aux heures de travail.

Il est désormais bien connu que le langage des marins est difficile à aborder pour les non-initiés. Leur arithmétique n’a rien à lui envier.

En récapitulation, et pour faire court, il n’y a effectivement que 3 quarts qui couvrent 24h00 dans la terminologie usuelle de la marine marchande française :

1.      Le « 0 à 4 » dit « quart de nuit ». (Qui s’exerce aussi de 12h00 à 16h00 !)

2.      Le « 4 à 8 » dit « quart du chien ». (Qui s’exerce aussi de 16h00 à 20h00 !)

3.      Le « 8 à 12 » dit « quart de jour ». (Qui s’exerce aussi de 20h00 à 24h00 !)

Il y a aussi le « petit quart » de « 0 à 6 » et le « grand quart » de « 6 à 12 » dans la variante par bordées dite du « quart à courir »…

Ces quelques singularités de la façon de compter des marins s’exercent dans de multiples domaines. Il faudrait aussi aller voir du côté du calcul sexagésimal très troublant pour certains. Ce sera pour une prochaine occasion…

Et chaque marine de chaque pays a ses petites habitudes ou ses traditions, qui peuvent faire varier un peu le principe général du « quart » de 4 heures, lequel est absolument toujours d’actualité. Et il fut un temps ou l’on « piquait les quarts » avec la cloche du bord pour appeler les « hommes de quart » à monter faire leur temps de veille. Le « quart en bas » étant bien sûr  de repos.
 

Dans un autre ordre d’idée le « quart » peut être aussi une « aire de vent ». Soit le quart du « secteur » qui est la moitié du « quadrant » de la « rose des vents » de 360° qui contient donc 32 « quarts » de 11°15’ !!!

Ceci était surtout utile sur les voiliers du temps jadis.

Mais on retrouve cette unité du « quart » de 11°15’ sur les navires plus actuels, comme unité de gisement assez approximative.

Navire « 3 quarts bâbord avant ! » ou « 1 quart sur l’arrière du travers tribord ! » annoncent alors les veilleurs à leur chef de quart… Il y a donc 16 « quarts » bâbord et 16 « quarts » tribord, en toute simplicité !

Il se confirme que cette arithmétique maritime peut paraître un peu spéciale aux terriens : un autre exemple est celui du Capitaine qui pouvait accorder la « double » au « quart » dans des circonstances particulières.

Le rhum était encore dans la liste règlementaire des aliments embarqués et il s’agissait de la double ration. La ration journalière était mesurée par un « boujaron » de 6 cl qui correspond à la 16ème partie du litre (!?) et les gobelets en fer-blanc de cette contenance n’ont plus cours depuis longtemps sur les navires... En 1907 le « boujaron » a disparu officiellement des règlements maritimes en France.


En Anglais : 

Quart (veille) : Watch.

Quart (aire de vent)
: Rhumb..

Boujaron
: Tot. 

 

Michel Salvy est membre de "l'Académie Marine-marchande.com"

Contact

 

 

Retour au sommaire



Site Meter