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Blocage du Rainbow: une publicité "au-delà des espérances" pour Greenpeace

 

MARSEILLE, 24 août 2006 (AFP) - L'action théâtrale des pêcheurs professionnels méditerranéens contre le Rainbow Warrior II a offert mercredi et jeudi à Greenpeace une publicité "au-delà de ses espérances", tandis que les thoniers se sont réjoui des soutiens qu'ils affirment avoir acquis.

Engagée depuis fin mai dans une campagne d'information en faveur de la défense du milieu naturel de la Méditerranée, Greenpeace s'est vue, après des escales sans encombres dans plusieurs ports méditerranéens, barrer la route de Marseille par des thoniers hostiles et déterminés.

Niant la réalité de l'amenuisement des ressources en thon rouge du fait de la surpêche, pourtant établie par la communauté scientifique, les pêcheurs ont refusé que Marseille soit une "destination d'intoxication" de plus pour Greenpeace.

Arrivé mercredi matin en rade de la cité phocéenne, le Rainbow Warrior qui n'avait pas pu obtenir les autorisations pour s'amarrer dans le port, a été aussitôt encerclé par une vingtaine de thoniers et chalutiers. Des coques qui se frôlent, des insultes qui fusent de part et d'autre, des militants de Greenpeace arrosés à l'aide de lances à incendie ou cibles de jets d'oeufs, tout comme les journalistes: commence alors un curieux ballet en mer qui va durer 24 heures, jusqu'à jeudi matin, avec toutefois une interruption nocturne.

Dénonçant la "collusion entre pêcheurs et autorités locales", Greenpeace a regretté de ne pas pouvoir "exercer son droit légitime à informer, à débattre" mais a constaté au final que l'action spectaculaire des patrons-pêcheurs avait fait gonfler le nombre des journalistes présents habituellement à ses conférences de presse.

Le film du face-à-face Rainbow-thoniers, pris sous toutes les coutures par les équipes de Greenpeace, a d'ailleurs été distribué gratuitement aux rédactions du monde entier. "Quantitativement et qualitativement, c'est au-delà de nos espérances", a déclaré à l'AFP Stéphan Beaucher, responsable de la campagne Océans de Greenpeace. "Beaucoup plus de gens savent maintenant qu'il y a une importante réunion à Dubrovnik (Croatie) en novembre pour décider des quotas de pêche".

La Commission internationale pour la convention des thonidés de l'Atlantique (ICCAT) doit en effet fixer en novembre les nouveaux quotas. L'opposition des pêcheurs à Greenpeace "a fait progresser de façon considérable le débat autour de la surexploitation du thon rouge, qui est une réalité", ont aussi commenté le Fonds mondial pour la nature (WWF) et la Fondation Nicolas Hulot (FNH), à l'unisson de Greenpeace.

Une audience accrue que Mourad Kahoul, responsable syndical des thoniers et conseiller municipal UMP, ne veut pas admettre, rejetant définitivement l'idée que leur action a mis exergue le combat de Greenpeace. "La réussite aujourd'hui des professionnels de la pêche que nous sommes, c'est d'avoir démoli le programme de Greenpeace pour faire de la provocation à grande échelle", a-t-il affirmé, la voie éraillée d'avoir trop crié. Lui se dit "content" d'avoir eu "des soutiens de partout", estimant que les gens ont compris l'action des pêcheurs. "Tous les gens ont dit la même chose: Greenpeace fait du sensationnel. Toutes (leurs) études sont infondées, sans aucune preuve", lance-t-il. "Pourquoi j'ai dit que Marseille ne voulait pas de Greenpeace dans le port ? Parce que de la désinformation injustifiée aux consommateurs, ça nuit à nos entreprises", poursuit-il. Et puis soudain bon enfant: "Si Greenpeace veut défendre la ressource vraiment avec nous, moi je suis le premier à adhérer, parce que j'ai des combats à mener en Méditerranée sur la pêche illégale", dit-il, stigmatisant aussitôt "la pêche asiatique".

 

(© 2006 AFP)

 

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