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Les fermes à thon rouge, voie rapide vers l'extinction de l'espèce

Par Ouerdya AÏT-ABDELMALEK - A BORD DU RAINBOW WARRIOR II AU LARGE DE CARTHAGENE (ESPAGNE), 28 août 2006 (AFP)

Les fermes à thon rouge, qui se sont développées à la fin des années 1990 en Méditerranée, constituent "une autoroute" vers l'effondrement du stock disponible de cette espèce, dénonce Greenpeace, qui appelle à leur contrôle.

Selon l'organisation écologiste, on trouve désormais ces fermes dans onze pays méditerranéens dont l'Espagne, pays historique, la Croatie, le Portugal, la Turquie... La France y a récemment renoncé. L'équipage du Rainbow Warrior II, qui parcourt la Méditerranée depuis mai pour notamment se documenter sur l'exploitation du thon rouge, se prépare à aller jeter un oeil sous l'eau au large de Carthagène, dans le sud de l'Espagne, où ces fermes pullulent. "Car les intérêts financiers sont énormes", explique François Provost, chargé de la campagne Océans pour Greenpeace France.

Le thon engraissé dans les fermes est destiné principalement au marché japonais, où un kilo de ce poisson se négocie 100 dollars, voire au-delà de 500 dollars "pour des thons de qualité exceptionnelle", rapporte l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer). Mais ce juteux commerce peut prendre fin aussi vite qu'il a débuté en raison du non-respect des quotas de pêche, affirment Greenpeace et le Fonds mondial pour la nature (WWF), qui prédisent un effondrement brusque de la population de thon rouge en Méditerranée.

L'Ifremer, organisme public, juge cette hypothèse plausible "dans un futur proche". Le thon engraissé dans les fermes ne provient en effet pas de l'aquaculture, le thon ne se reproduisant pas en captivité: ce sont des spécimens sauvages capturés en mer. La pêche a lieu en juin-juillet au moment même où les thons se rassemblent dans trois zones connues (Baléares, Sicile, nord de l'Egypte) pour se reproduire et sont donc facilement détectables. Ils sont ensuite transférés dans des cages qui sont remorquées à très faible vitesse vers les fermes pour éviter leur surmortalité. Là, ils sont gavés de sept à huit mois, pour atteindre le taux de lipide adéquat au goût des Japonais.

L'Ifremer évoque une véritable intégration industrielle de cette pêche, avec en amont de puissantes flottilles de thoniers-senneurs qui opèrent en coentreprise avec les fermes, et en aval les circuits de distribution et de transformation du thon. Tous ces équipements nécessitent d'énormes investissements. Des groupes japonais et australiens ont mis la main à la poche et Greenpeace affirme que l'Union européenne a accordé 34 millions d'euros de subventions à cette pêche depuis 1997.

Selon des chiffres, datant de mai 2006, de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (CICTA ou ICCAT en anglais), ces fermes ont une capacité de production de 50.000 tonnes alors que le quota de pêche est dans le même temps fixé par les autorités à 32.000 tonnes par an, dont plus de la moitié pour la France, l'Espagne et l'Italie réunies, le reste se répartissant entre huit autres pays et un petit contingent ouvert à d'"autres".

L'Ifremer estime que "le volume des captures de thon rouge se situe depuis une décennie autour de 50.000 tonnes par an, c'est-à-dire deux fois le potentiel de production actuel du stock". Et la plus grande partie est désormais destinée aux fermes et non plus aux marchés locaux où cette chair risque de se faire rare. Mais ces données sont peu fiables, regrette l'Ifremer, car dépendant des déclarations des pêcheurs eux-mêmes, qui jugent que "la ressource n'est pas en danger".


(© 2006 AFP)


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