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Bonjour à tous,
J'aimerais vous présenter
une page du livre " ni morts ni vivants, marins " de Maurice Duval,
celle de la personnification du navire.
Les terriens prennent les
marins pour des fous mais je crois que cette page résume beaucoup.
Car finalement, on est pas marin pour gagner de l'argent seulement
mais aussi par attirance de la mer et des navires. J'aimerais
savoir quel est le marin qui passerait devant un bateau en le
dédaignant du regard.
La juriste Remond-Gouilloud
nous dit dans son manuel de droit maritime qu'un navire ressemble
à une personne en cela qu'il a une identité, une nationalité,
un domicile… Et c'est sur cette remarque que Duval développe le
thème de la personnification. Il suit un ordre chronologique de
la vie du bateau en parlant de son baptême, à la différence des
choses et des animaux.
Nombreux sont les termes
de marine qui personnifient les bateaux et les métaphores organicistes
en témoignent. Un navire porte un nom de famille et de baptême,
" fait la grimace " quand il entre au port, " il se couche " lorsqu'il
penche à l'excès latéralement, " il meurt " lorsqu'il est voué
à la destruction. Certains membres de l'équipage affirment " qu'il
a une âme " car l'ambiance diffère à bord en fonction de cette
" âme ". " Il fait tête " lorsque, brutalement, l'avant du navire
est rappelé dans une autre direction par la chaîne de l'ancre,
" il talonne " lorsqu'il touche avec la quille le fond. " Son
nez " est la proue, " son cul " est sa poupe, tandis que le "
squelette " désigne un bateau en construction non encore recouvert
de bordage, les " hanches " sont la partie trois-quarts arrière
et extérieur de la coque, " les yeux " sont les écubiers, " les
joues " sont situées à l'avant au point ou s'arrondit la coque
en se terminant par son extrémité.
La formule " un navire perdu
corps et biens " ne signifie pas qu'il s'agit des corps de marins
disparus en mer mais elle s'applique " au corps du navire ". C'est
dans le même registre que les bateaux peuvent se saluer entre
eux, ce qui les constitue ici encore en tant que sujets et non
en tant qu'objets…
La liste pourrait être encore
longue. Je n'ai pas encore navigué depuis de longues années en
mer mais je n'ai pas entendu encore toutes ses expressions. L'auteur
continue ensuite sur le genre du navire. Le thème a été traité
en long et en large sur le groupe " marine-marchande ".
Un plus pour les Anglais
peut-être : le bateau est féminin. Les Allemands font plus le
discernement puisque le bateau est neutre mais dès lors qu'il
a un nom, il devient féminin. Sur ce dernier point aussi, il serait
possible et intéressant d'étudier la raison du pourquoi : pourquoi
" she ", pourquoi tantôt " es ", tantôt " sie " ?
Le livre ne traite pas que
de la personnification du navire mais plus précisément des marins
au long cours français, de leur vie à bord. L'auteur précise bien
qu'il a étudié le comportement de l'équipage sur des navires 100%
français chez Delmas et Louis Dreyfus. Une étude un peu philosophique
ou plutôt ethnologique mais pas trop prise de tête. Un livre dans
lequel certains marins se reconnaîtront peut-être. Il n'est pas
sorti dernièrement, on le trouve au Puf, aux éditions Controverses,
de Maurice Duval, il coûtait 149FF, c'est " ni morts, ni vivants,
marins ! "
J'ai adoré en tout cas.
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