www.marine-marchande.com

 

 

"Des nouvelles de Jean-Gab" - le jeudi 7 août 2003

 

Un tout petit mot d'abord. Pour ceux qui ne me connaissent pas, je m'appelle Jean-Gabriel Tridon-Motte.

Mettre au point une rubrique demande du temps et des infos. Je n'en ferai donc sûrement pas toutes les semaines mais je traiterai de thèmes divers liés parfois à l'Allemagne, notre voisin si mal connu que beaucoup de personnes assimilent à un passé sombre, qui est la troisième puissance économique mondiale comme chacun sait et notre premier partenaire européen.

Vos suggestions et idées seront toujours les bienvenues.

jgab-tmotte@voila.fr

 

LE JOUR DE L'EMBARQUEMENT

 

 

 

A bord du porte-conteneur "Peking Senator" au large d'Ouessant

Ligne Europe - Asie - USA

 

L'armateur m'a appelé à l'aube pour me confirmer la date d'embarquement, à savoir le lendemain après-midi.

Bien qu'il ne s'agisse pas de mon premier bateau, j'ai ressenti alors une sorte de plaisir mélangé à de la "crainte" : le plaisir de pouvoir repartir en mer et de pouvoir, en principe avoir l'occasion d'apprendre autre chose ; mais en même temps, la "crainte" de devoir me rendre quelque part où je ne connaissais personne.

Le jour J, est très intense. On se prépare doucement à partir. Même si on est pas encore à bord, c'est tout comme. On a l'esprit ailleurs. Hambourg, où j'ai embarqué, et où j'ai toujours eu énormément de plaisir à séjourner, m'est apparu sous un autre angle. Celui d'une ville d'embarquement, comme les autres, pointant au loin d'un quai, cachée derrière une forêt de portiques bruyants et d'entrechoquements de containers.

Les marins me disent souvent qu'ils détestent être accompagnés de leurs proches le jours où ils embarquent. Je crois que la raison est clair. Femmes et enfants de marins, ne vous sentez pas offensés s'il vous plait ! Le jour du départ est un jour de séparation et non un jour comme les autres. On quitte sa famille, ceux qu'on aime, ses amis. Il est alors important de se concentrer sur ce qui nous attend et de surtout ne pas se faire dépasser par, disons, une tristesse quelconque qui entraînerait plaintes et lamentations. Car même si aujourd'hui on peut rester en contact presque permanent avec la terre grâce au téléphone et internet, je pense que le problème reste le même. Et puis, il y a, en tout cas, en tant qu'élève, une sorte d'excitation qui vous donne envie de partir le plus tôt possible.

C'est une fois qu'on voit le bateau qu'il y a, à mon avis un tournant. Je ne sais pas ce que vous ressentez ou ressentiez lorsque vous voy(i)ez votre bateau mais moi, je suis captivé. Je le regarde sous tous les angles. Et il me plait. Je le fait en quelque sorte passer du stade de bateau-chose à bateau-personne. C'est lui qui me fait oublier toutes les "craintes" passées. C'est alors que de la situation de malaise, je passe à celle d'assurance. Reste à la limite un dernier moment de flottement. Il dure, du moment où l'on monte la coupée, jusqu'à celui ou l'on a fait connaissance avec tout le monde. Ce flottement, c'est celui que l'on ressent lorsqu'on ne voit que des visages inconnus et qu'on ne sait pas à qui on a affaire. En général, un sourire accueillant et une bonne poignée de main suffisent. Puis après les présentations rapides, on enfile sa combinaison et on se met au travail. Et oui, on est pas des passagers. Et puis, c'est le moyen d'avoir l'esprit complètement au bateau. On fait alors peu à peu connaissance avec le navire lui-même : son château, ses caractéristiques, son confort, ses odeurs et sa cuisine.

Mais il y a un moment que j'attends à chaque fois par dessus tout. C'est celui de l'appareillage. Quand on largue tout, le voyage commence vraiment pour moi. On est en mer, on entend le bateau ronronner, on le sent vibrer, les remorqueurs sont libérés et rentrent chez eux avant le pilote qui les rejoint peu après ; c'est vraiment parti... Et pour peu, que le soleil nous offre ses plus belles couleurs au crépuscule, alors là, moi je craque et monte tout de suite à la passerelle sur l'aileron, profitant de l'amplitude - ça va plus vite - pour faire ma première vérification du compas. C'est ça finalement ce qu'il y a de formidable dans ce métier : Lier l'utile à l'agréable. Et comme disait Beaumarchais si je me rappelle bien : "le vrai bonheur, c'est d'avoir pour métier sa passion".

Voilà ce que je ressens un embarquement avec mes yeux et mon expérience de petit bleu par rapport aux routiers des mers qui ont des dizaines et des dizaines d'embarquements derrière eux !!!

Bonne semaine à tous et à bientôt.

 

 

 

 

Jean-Gabriel Tridon Motte, élève à l'école de navigation d'Oldenbourg, Allemagne

 

jgab-tmotte@voilà.fr

 

Archives - articles

 

France-Allemagne, état des lieux de deux nations maritimes

La marine marchande suisse ? Jawohl !!

Le terminal portuaire du superlatif

Ni morts, ni vivants, marins

Le problème des émissions de NOx par le transport maritime mondial

Les défauts du nouvel enseignement maritime

Le dernier pot

 

 

 

RETOUR AU SOMMAIRE

 

 


 

drapeau

drapeau

drapeau

drapeau

 

Site Meter