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A bord du porte-conteneur
"Peking Senator" au large d'Ouessant
Ligne Europe -
Asie - USA
L'armateur m'a appelé
à l'aube pour me confirmer la date d'embarquement, à
savoir le lendemain après-midi.
Bien qu'il ne s'agisse pas
de mon premier bateau, j'ai ressenti alors une sorte de plaisir
mélangé à de la "crainte" : le
plaisir de pouvoir repartir en mer et de pouvoir, en principe
avoir l'occasion d'apprendre autre chose ; mais en même
temps, la "crainte" de devoir me rendre quelque part
où je ne connaissais personne.
Le jour J, est très
intense. On se prépare doucement à partir. Même
si on est pas encore à bord, c'est tout comme. On a l'esprit
ailleurs. Hambourg, où j'ai embarqué, et où
j'ai toujours eu énormément de plaisir à
séjourner, m'est apparu sous un autre angle. Celui d'une
ville d'embarquement, comme les autres, pointant au loin d'un
quai, cachée derrière une forêt de portiques
bruyants et d'entrechoquements de containers.
Les marins me disent souvent
qu'ils détestent être accompagnés de leurs
proches le jours où ils embarquent. Je crois que la raison
est clair. Femmes et enfants de marins, ne vous sentez pas offensés
s'il vous plait ! Le jour du départ est un jour de séparation
et non un jour comme les autres. On quitte sa famille, ceux qu'on
aime, ses amis. Il est alors important de se concentrer sur ce
qui nous attend et de surtout ne pas se faire dépasser
par, disons, une tristesse quelconque qui entraînerait plaintes
et lamentations. Car même si aujourd'hui on peut rester
en contact presque permanent avec la terre grâce au téléphone
et internet, je pense que le problème reste le même.
Et puis, il y a, en tout cas, en tant qu'élève,
une sorte d'excitation qui vous donne envie de partir le plus
tôt possible.
C'est une fois qu'on voit
le bateau qu'il y a, à mon avis un tournant. Je ne sais
pas ce que vous ressentez ou ressentiez lorsque vous voy(i)ez
votre bateau mais moi, je suis captivé. Je le regarde sous
tous les angles. Et il me plait. Je le fait en quelque sorte passer
du stade de bateau-chose à bateau-personne. C'est lui qui
me fait oublier toutes les "craintes" passées.
C'est alors que de la situation de malaise, je passe à
celle d'assurance. Reste à la limite un dernier moment
de flottement. Il dure, du moment où l'on monte la coupée,
jusqu'à celui ou l'on a fait connaissance avec tout le
monde. Ce flottement, c'est celui que l'on ressent lorsqu'on ne
voit que des visages inconnus et qu'on ne sait pas à qui
on a affaire. En général, un sourire accueillant
et une bonne poignée de main suffisent. Puis après
les présentations rapides, on enfile sa combinaison et
on se met au travail. Et oui, on est pas des passagers. Et puis,
c'est le moyen d'avoir l'esprit complètement au bateau.
On fait alors peu à peu connaissance avec le navire lui-même
: son château, ses caractéristiques, son confort,
ses odeurs et sa cuisine.
Mais il y a un moment que
j'attends à chaque fois par dessus tout. C'est celui de
l'appareillage. Quand on largue tout, le voyage commence vraiment
pour moi. On est en mer, on entend le bateau ronronner, on le
sent vibrer, les remorqueurs sont libérés et rentrent
chez eux avant le pilote qui les rejoint peu après ; c'est
vraiment parti... Et pour peu, que le soleil nous offre ses plus
belles couleurs au crépuscule, alors là, moi je
craque et monte tout de suite à la passerelle sur l'aileron,
profitant de l'amplitude - ça va plus vite - pour faire
ma première vérification du compas. C'est ça
finalement ce qu'il y a de formidable dans ce métier :
Lier l'utile à l'agréable. Et comme disait Beaumarchais
si je me rappelle bien : "le vrai bonheur, c'est d'avoir
pour métier sa passion".
Voilà ce que je ressens
un embarquement avec mes yeux et mon expérience de petit
bleu par rapport aux routiers des mers qui ont des dizaines et
des dizaines d'embarquements derrière eux !!!
Bonne semaine à tous
et à bientôt.
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