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A bord du porte-conteneur
"Peking Senator"
Ligne Europe -
Asie - USA
Comme tous les matins,
je monte à la paserelle. Il est 4h00. La nuit est douce
et nous naviguons déjà depuis quatre heures dans
le canal.
Au fur et à mesure
que l'obscurité se dissipe, je retrouve tous les paysages
que j'avais vus pendant mes cinq passages du "grand chantier"
de Lesseps à bord du premier bateau où j'avais embarqué
puis, revus maintes et maintes fois en photo par la suite en feuilletant
mon album.
C'est un peu comme si je
revoyais un endroit que je connais bien : le désert prédominant
sur bâbord jonché par endroits de tas de ferrailles
rappelant la guerre qui avait sévit, l'imposant et sobre
War memorial, couleur sable, sous lequel est écrit en français
"Pour la défense du Canal de Suez", les nombreux
villages sur tribord et leurs palmiers, la route qui longe le
Canal ou roulent des 4X4 et des camionnettes avec des types dessus,
l'adorable petite ville d'Ismaéla où se dressent
côte à côte une jolie petite église
et une belle mosquée, le grand pont, enfin terminé,
joignant les deux rives du canal, les petits bacs tentant de se
faire un chemin entre deux mastodontes en transit vers Suez...
Oui, tout cela commence
à me devenir familier.
Le pilote de Port Saïd
nous quitte à Ismaéla tandis que son remplaçant
embarque. C'est un homme discret et silencieux, ce qui me permet
de me remettre du précédent qui, bien que sympathique,
ne pouvait s'empêcher de parler très fort, racontait
des blagues vaseuses, et beuglait dans la langue d'Allah ou une
de ses dérivées à la VHFavec un de ses collègues
à bord du navire devant nous.
Le silencieux nous annonce
que nous allons devoir mouiller dans le dernier lac qui nous sépare
de la Mer Rouge, le Great Bitter Lake, afin de laisser transiter
le convoi ascendant vers Port-Saïd. Le second se tourne alors
vers moi et me propose d'aller à l'avant m'occuper de la
"supervision" de la manoeuvre. Je vais enfin pouvoir
le faire comme un grand.
Arrivé à l'avant
avec le matelot allemand,j'attends les instructions qui ne tardent
pas à venir. Nous approchons de deux gros porte-conteneurs
d'Evergreen déjà ancrés.
Bon, le tout, c'est de comprendre
ce qu'on va me dire en anglais et de le retranscrire en allemand
au matelot qui s'attend, bien sûr, à ce qu'on communique
en allemand, verdammt ! Ca simplifie donc pas la tâche.
Mais d'un autre côté, c'est marrant. Ca met un peu
de piment.
"Wake out the anchor
to 1 meter above the water !" - C'est parti !
J'essaie de bien me rappeller
les termes exacts à utiliser.
"Anchor one meter above
the water now" - "Thanks you, let go three shackles
in the water"
Le choses sérieuses
commencent. Le tout, c'est de bien observer la chaîne et
de ne pas laisser passer une maille qui aurait tendance à
défiler trop vite car, contrairement à ce qui se
passe sur un gros pétrolier, on ne dérive pas avec
le guindeau mais tout simplement en ouvrant le frein.
"1, 2, 3 shackles in
the water now ! Up and down !" - "Thanks you, stand
by and report about the chain's movements"
Punaise ! Qu'est-ce-que
tu fabriques la chaîne ?! Pourquoi tu croises le bulbe ?
D'ailleurs, comment ça se traduit en anglais ? Je tente
une description, tourne "autour du pot" : "Chain
is leading forward, 2o'clock, short stay ! Ca suffit apparemment
car on me répond que c'est bon.
Entre temps, on en profite
pour mettre la boule noire. La chaîne revient à sa
position normale.
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