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"Des nouvelles de Jean-Gab" - le lundi 18 août 2003

 

Un tout petit mot d'abord. Pour ceux qui ne me connaissent pas, je m'appelle Jean-Gabriel Tridon-Motte.

Mettre au point une rubrique demande du temps et des infos. Je n'en ferai donc sûrement pas toutes les semaines mais je traiterai de thèmes divers liés parfois à l'Allemagne, notre voisin si mal connu que beaucoup de personnes assimilent à un passé sombre, qui est la troisième puissance économique mondiale comme chacun sait et notre premier partenaire européen.

Vos suggestions et idées seront toujours les bienvenues.

jgab-tmotte@voila.fr

 

Mouillage dans le "Great Bitter Lake" du canal de Suez

 

 

 

A bord du porte-conteneur "Peking Senator"

Ligne Europe - Asie - USA

 

Comme tous les matins, je monte à la paserelle. Il est 4h00. La nuit est douce et nous naviguons déjà depuis quatre heures dans le canal.

Au fur et à mesure que l'obscurité se dissipe, je retrouve tous les paysages que j'avais vus pendant mes cinq passages du "grand chantier" de Lesseps à bord du premier bateau où j'avais embarqué puis, revus maintes et maintes fois en photo par la suite en feuilletant mon album.

C'est un peu comme si je revoyais un endroit que je connais bien : le désert prédominant sur bâbord jonché par endroits de tas de ferrailles rappelant la guerre qui avait sévit, l'imposant et sobre War memorial, couleur sable, sous lequel est écrit en français "Pour la défense du Canal de Suez", les nombreux villages sur tribord et leurs palmiers, la route qui longe le Canal ou roulent des 4X4 et des camionnettes avec des types dessus, l'adorable petite ville d'Ismaéla où se dressent côte à côte une jolie petite église et une belle mosquée, le grand pont, enfin terminé, joignant les deux rives du canal, les petits bacs tentant de se faire un chemin entre deux mastodontes en transit vers Suez...

Oui, tout cela commence à me devenir familier.

Le pilote de Port Saïd nous quitte à Ismaéla tandis que son remplaçant embarque. C'est un homme discret et silencieux, ce qui me permet de me remettre du précédent qui, bien que sympathique, ne pouvait s'empêcher de parler très fort, racontait des blagues vaseuses, et beuglait dans la langue d'Allah ou une de ses dérivées à la VHFavec un de ses collègues à bord du navire devant nous.

Le silencieux nous annonce que nous allons devoir mouiller dans le dernier lac qui nous sépare de la Mer Rouge, le Great Bitter Lake, afin de laisser transiter le convoi ascendant vers Port-Saïd. Le second se tourne alors vers moi et me propose d'aller à l'avant m'occuper de la "supervision" de la manoeuvre. Je vais enfin pouvoir le faire comme un grand.

Arrivé à l'avant avec le matelot allemand,j'attends les instructions qui ne tardent pas à venir. Nous approchons de deux gros porte-conteneurs d'Evergreen déjà ancrés.

Bon, le tout, c'est de comprendre ce qu'on va me dire en anglais et de le retranscrire en allemand au matelot qui s'attend, bien sûr, à ce qu'on communique en allemand, verdammt ! Ca simplifie donc pas la tâche. Mais d'un autre côté, c'est marrant. Ca met un peu de piment.

"Wake out the anchor to 1 meter above the water !" - C'est parti !

J'essaie de bien me rappeller les termes exacts à utiliser.

"Anchor one meter above the water now" - "Thanks you, let go three shackles in the water"

Le choses sérieuses commencent. Le tout, c'est de bien observer la chaîne et de ne pas laisser passer une maille qui aurait tendance à défiler trop vite car, contrairement à ce qui se passe sur un gros pétrolier, on ne dérive pas avec le guindeau mais tout simplement en ouvrant le frein.

"1, 2, 3 shackles in the water now ! Up and down !" - "Thanks you, stand by and report about the chain's movements"

Punaise ! Qu'est-ce-que tu fabriques la chaîne ?! Pourquoi tu croises le bulbe ? D'ailleurs, comment ça se traduit en anglais ? Je tente une description, tourne "autour du pot" : "Chain is leading forward, 2o'clock, short stay ! Ca suffit apparemment car on me répond que c'est bon.

Entre temps, on en profite pour mettre la boule noire. La chaîne revient à sa position normale.

 

 

 

 

Jean-Gabriel Tridon Motte, élève à l'école de navigation d'Oldenbourg, Allemagne

 

jgab-tmotte@voilà.fr

 

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