www.marine-marchande.com

 

 

"Des nouvelles de Jean-Gab" - le samedi 30 août 2003

 

Un tout petit mot d'abord. Pour ceux qui ne me connaissent pas, je m'appelle Jean-Gabriel Tridon-Motte.

Mettre au point une rubrique demande du temps et des infos. Je n'en ferai donc sûrement pas toutes les semaines mais je traiterai de thèmes divers liés parfois à l'Allemagne, notre voisin si mal connu que beaucoup de personnes assimilent à un passé sombre, qui est la troisième puissance économique mondiale comme chacun sait et notre premier partenaire européen.

Vos suggestions et idées seront toujours les bienvenues.

jgab-tmotte@voila.fr

 

L'Océan Indien d'une part, la Mediterranée et le canal 16 d'autre part.

 

 

A bord du porte-conteneur "Peking Senator" à l'entrée du Détroit de Malacca.

 

J'ai retrouvé l'Océan Indien et la route depuis le Golfe d'Aden, jusqu'à Singapour tel que je les avais découverts il y a maintenant près de trois ans.

Les jours se suivent et se ressemblent, un peu monotones. La mer est d'un bleu superbe. Le seul changement remarquable, c'est son état d'agitation. C'est temps çi, elle a tendance à se montrer houleuse. Chacun zigzague dans les coursives et sur le pont. Un pot de peinture ouvert vole par-ci, des assiettes sont récupérées de justesse par là : le bateau se balance de droite à gauche de 15° environ, ce qui commence à rendre le sommeil difficile d'une part à cause des barres de saisissage des conteneurs et des conteneurs eux-mêmes, qui grincent sans arrêt, puis d'autre part à cause du fait que j'ai du mal à rester stable dans mon lit. SOLAS devrait imposer le hamac à bord des navires, comme cela, au moins, on pourrait dormir convenablement.

Lorsque ça roule, ça ne sert à rien de chercher à ne pas bouger. Mieux vaut se laisser rouler si on est au lit, ou se laisser dévier de sa direction initiale si on marche. Mais il faut quand même faire attention : un soir, alors que j'étais en train de lire un bouquin au lit, je n'ai pas fait attention à un coup de roulis un peu plus fort que les autres et j'ai manqué de justesse d'atterrir par terre.

Mouai, finalement, il s'agit là de l'un des derniers charmes de ce métier, non ? Car on a beau passer non loin des Seychelles et des Maldives, on ne s'y arrête hélas pas et on ne voit d'elles que leur nom sur la carte.

Après demain, nous serons enfin à Singapour où j'espère aller à terre, histoire de me rappeller les bons souvenirs. A bord, chacun commence à "se réjouir" et envisage d'aller faire un petit tour à terre pour aller acheter un truc ou deux, boire une bière, voir les Philippinas ou tout simplement passer un coup de fil à la famille restée en Europe, aux Philippines ou aux Tuvalu, archipel dans le Pacific, non loin de Tahiti, d'où sont originaires les matelots du bord.

Jusqu'à la pointe sud du Sri Lanka, nous n'avons croisé environ qu'un seul navire par jour à peu près mais le passage du dispositif de séparation du trafic de l'ancienne Ceylan est beaucoup plus fréquenté : on s'est retrouvé tout d'un coup avec d'autres navires allant comme nous en Asie ou rentrant à la maison, puis, on a retrouvé le calme.

Ce calme qui ne fait pas de mal après avoir navigué en Méditerranée où le canal 16 devient un lieu de distraction vite fatiguant, du fait que quelques marins qui ne se connaissent pas, "délirent" à la VHF, en se lançant sans arrêt les mêmes bêtises et injures. Le problème, c'est que lorsqu'on va tous dans la même direction, et que ce sont naturellement les mêmes qui reprennent le quart à la même heure, on n'en profite de Gibraltar à Port Saïd quotidiennement, deux fois par jours. C'est toujours les mêmes voix et les mêmes "styles" qui reviennent.

Ceux d'entre vous qui naviguent savent que les Philippins et les Indiens se livrent des combats verbaux sans fin. Et quand ils commencent, rien ne peut les arrêter, les premiers traitant les seconds de boules puantes ; ces derniers disant des autres qu'ils sont des singes. Et quand par dessus le marché, le dénommé Mario - sûrement un italien à terre un peu frappé puisqu'il sévissait déjà là il y a trois ans et encore l'an dernier - commence à maugréer d'une voix sourde, lasse et continue son propre nom "Maaaarioooooooo", c'est la totale. Une vrai basse-court. Parfois, ils s'autorisent une trêve ou un cessez-le-feu, peut-être par lassitude finalement. Mais quand l'un deux relance la machine infernale, les autres reprennent de plus belle. Et les pauses sont courtes en général !

Mais que ceux qui n'ont jamais navigué n'aillent pas se dire que tous les marins en sont arrivés à un tel niveau de délire psycho-intellectuel. Loin de là, bien heureusement.

Donc finalement, profiter du calme de l'Océan Indien ne fait pas de mal et permet de faire une petite pause jusqu'en Mer de Chine, où, en zigzaguant entre les innombrables bateaux de pêche, on a toujours l'occasion de se familiariser au coréen puisque les pêcheurs ont l'habitude de discuter entre eux parfois sans interruption. Les chinois sont souvent de la partie également et se divertissent à passer de la musique.

Au passage, je rappelle que le canal 16 est un canal de détresse où le silence devrait être constamment observé. Toutes ces "délires" devraient néanmoins avoir un terme lorsque l'AIS sera à bord de tous les navires qui seront alors automatiquement identifiés. A ce moment là, on entendra personne répondre anonymement "what is your problem?" aux CROSS qui appellent un navire au large. Car même si on en rigole parfois, ça devient vite fatiguant.

Enfin me revoilà presque en Asie. Pourvu que je puisse en profiter un peu.

Bonne semaine, bonnes fins de vacances et à bientôt !

 

 

 

 

 

 

Jean-Gabriel Tridon Motte, élève à l'école de navigation d'Oldenbourg, Allemagne

 

jgab-tmotte@voilà.fr

 

Archives - articles

 

France-Allemagne, état des lieux de deux nations maritimes

La marine marchande suisse ? Jawohl !!

Le terminal portuaire du superlatif

Ni morts, ni vivants, marins

Le problème des émissions de NOx par le transport maritime mondial

Les défauts du nouvel enseignement maritime

Le dernier pot

Le jour de l'embarquement

L'innovation du container pliable

Mouillage dans le Great Bitter Lake du Canal de Suez

 

 

 

RETOUR AU SOMMAIRE

 

 


 

drapeau

drapeau

drapeau

drapeau

 

Site Meter