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"Des nouvelles de Jean-Gab" - le samedi 27 septembre 2003

 

Un tout petit mot d'abord. Pour ceux qui ne me connaissent pas, je m'appelle Jean-Gabriel Tridon-Motte.

Mettre au point une rubrique demande du temps et des infos. Je n'en ferai donc sûrement pas toutes les semaines mais je traiterai de thèmes divers liés parfois à l'Allemagne, notre voisin si mal connu que beaucoup de personnes assimilent à un passé sombre, qui est la troisième puissance économique mondiale comme chacun sait et notre premier partenaire européen.

Vos suggestions et idées seront toujours les bienvenues.

jgab-tmotte@voila.fr

Photo Pierre Hébert

 

Le cuisinier.

 

 

A bord du Peking Senator

 

En général, on dit qu'il est la personne la plus importante du navire et que l'ambiance à bord est fonction de ses qualités gastronomiques.

Même si, il y a quelques jours de cela, un matelot a proféré des menaces inquiétantes envers un autre, la piètre cuisine de notre Cook y est sûrement moins pour quelque chose que l'alcool lui-même.

A Hong-Kong, notre premier cuisinier avait du nous quitter à cause du décès de sa mère. Le départ étant quelque peu improvisé, nous ne pouvions avoir de cuisinier avant Osaka. La situation était critique et le premier auquel le Commandant a bien entendu demandé s'il pouvait faire la popote, c'est à l'unique français du bord que je suis. Cliché oblige !

Nous étions à la passerelle pendant les manoeuvres et il me demande tout naturellement : "savez-vous cuisiner ?"

Je n'avais pas encore appris la malheureuse nouvelle et je n'ai donc pas bien compris le sens de sa question. Prudemment mais honnêtement, je lui réponds que personne n'a semble t'il été déçu de ma cuisine, mais que ce serait surement pas pareil si je devais préparer quelque chose dans les immenses casseroles du bord. Néanmoins, je rajoute -innocent que je suis- que j'avais réussi un osso-bucco à bord de mon premier navire qui avait enchanté l'équipage.

Me voilà fait ! Et le Commandant d'enchaîner : "mais c'est parfait ! Cela vous dérangerait-il de remplacer le cuisinier jusqu'à Osaka !" Je ne sais alors que dire et le pilote me sauve sans le savoir en posant une question.

J'hésitais : ça ne me disait absolument rien de passer 3-4 jours au fourneaux dès 05h00 du matin mais d'un autre côté, ça aurait fait quelque chose d'inattendu. Le "hic", était notre steward qui ne me portait pas dans son coeur. Moi non plus d'ailleurs. Je n'avais donc aucune envie de passer plusieurs jours en cohabitation rapprochée.

Le Commandant ne m'a pas relancé car le fameux Steward s'est dévoué à ma place. Et finalement, il est bien meilleur aux casseroles qu'au service.

C'est fou ce que ce type a changé, il faisait quelque chose qu'il aimait, il était heureux, même aimable ! Il est passé de l'état de primate agressif à celui de joyeux luron.

Hélas à Osaka, le cuisinier officiel a embarqué. Terrible ! Il fait partie de ceux qui mélangent riz, nouilles et viande-pâté, le tout nappé d'une belle quantité d'huile.

Prenons l'exemple du petit-déjeuner. Chaque jour, nous avons la chance d'avoir un menu. Mais quel menu et quelle chance ! Poulet huileux aux oignons, oeufs mi-cuits qui cachent une terrine redoutable, le fameux "toast Hawaï" qui n'a sûrement pas vu Hawaï depuis bien longtemps, filet de boeuf épais comme pas possible accompagné d'un peu de riz sur commande. Merci du geste.

La plupart des plats sont difficiles à négocier. Certains allemands font la grimace. D'autres se ratrappent sur un morceau de pâté de Bavière qu'ils mélangent à une crème d'ail ou se décident pour une tranche de fromage qu'ils nappent de moutarde. Le sacrilège me direz-vous. Mais quand on voit les gommes qui font office de fromage, c'est pardonnable : ça donne du goût. Ils me regardent avec des yeux ronds quand je met du sel sur le fromage. C'est un peu comme le coup de la serveuse à Singapour qui n'en croyait pas ses oreilles que je refuse de boire le Pastis avec du coca : "de l'eau, mais t'es fou ?"

Même notre passager anglais m'a confié qu'il ne se régalait pas. Et pourtant l'Angleterre n'a pas fait sa réputation sur sa gastronomie !

Il n'y a pas à dire, ce cuisinier devrait faire un stage de remise à niveau. Enfin, il est aimable et cela passe. Je suis plein de compassion néanmoins pour les pauvres du bord qui doivent rester un an à bord !

Allez, ne nous plaignons pas trop, il y a plus malheureux que moi sur terre, et de bien loin !

 

 

 

 

 

 

Jean-Gabriel Tridon Motte, élève à l'école de navigation d'Oldenbourg, Allemagne

 

jgab-tmotte@voilà.fr

 

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