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"Des nouvelles de Jean-Gab" - le mardi 14 octobre 2003

 

Un tout petit mot d'abord. Pour ceux qui ne me connaissent pas, je m'appelle Jean-Gabriel Tridon-Motte.

Mettre au point une rubrique demande du temps et des infos. Je n'en ferai donc sûrement pas toutes les semaines mais je traiterai de thèmes divers liés parfois à l'Allemagne, notre voisin si mal connu que beaucoup de personnes assimilent à un passé sombre, qui est la troisième puissance économique mondiale comme chacun sait et notre premier partenaire européen.

Vos suggestions et idées seront toujours les bienvenues.

jgab-tmotte@voila.fr

Photo Pierre Hébert

 

Hong Kong

 

 

A bord du Peking Senator

 

Ceux qui naviguent sur des porte-conteneurs savent bien qu'on peut avoir été cent fois quelque part et n'en avoir rien vu.

6 escales à Hong Kong à mon actif et tout ce que j'en vu était une rue commerçante de Kowloon. C'est à dire absolument rien. Le seul dépaysement étant que tout était écrit en Chinois et que les gens avaient les yeux bridés. C'est tout.

Ayant la chance cette fois d'être avec des officiers qui ont, eux, compris que les embarquements en tant qu'élève sont les premiers et les derniers où l'on peu profiter un peu des escales, j'ai donc pu me rendre encore en ville mais seul, cette fois. L'odyssée commence mal car je me retrouve déposé par la navette portuaire au bord d'un complexe autoroutier vraiment complexe où les taxis ne peuvent naturellement pas s'arrêter. Je demande alors mon chemin à quelques chinois qui ne parlent pas un mot d'anglais et qui tentent de m'indiquer la direction par des gestes quelques peu imprécis.

Et si même ils parlent l'anglais, la plupart ont un accent si prononcé qu'il ne sert à rien de chercher à comprendre, il suffit de dire : " oui, merci, j'ai compris " d'ailleurs, il s'agit là d'une spécificité asiatique très usitée à bord! dire " oui " même si on ne comprend rien " yes, no problem my friend " Pour vérifier si on vous comprend, il suffit de demander l'heure qu'il est. Si, accompagné d'un sourire gêné, la réponse est " oui ", rien ne sert de continuer! J'ai déjà fait passer le test. Certains ont échoué !

Bref, je réussis enfin à trouver le métro mais la banque ne peut pas me changer de monnaie. Je me décide donc à une petite marche à pieds qui me mène à une voiture de taxi dont le chauffeur comprend… l'anglais !! Je pensais que tous les Hong Kongais parlent l'anglais. Mais je présume que beaucoup de chinois ont immigré dans ce paradis lors de la rétrocession. Un des Chinois qui était à bord pour nous vendre ses bricoles m'avait écrit le nom d'une adresse en cantonnais dont il m'assura que je ne serais pas déçu.

Toujours est-t-il que je me retrouve à nouveau dans la rue commerçante dans laquelle j'avais atterrie trois ans auparavant. Je demande au chauffeur de continuer jusqu'au terminal de croisière. J'y trouve deux somptueux paquebots de la compagnie malaise (je crois) Star Line. Et surtout, je vois de nombreux petits bateaux se diriger vers les grattes-ciel de l'île d'Hong Kong. Après hésitation, je décide de monter à bord de l'une de ces embarcations à faire frémir SOLAS. L'île n'est qu'à 10 minutes de navigation. Ça vaut le coup.

Après une navigation risquée (car les chinois ne semblent pas connaître leurs règles) je peux enfin déambuler entre ses buildings. Hong Kong est beaucoup plus resserré que Singapour à cause du relief montagneux. La ville s'étend en longueur et non en largeur me semble-t-il. De plus, il y a beaucoup de monde et c'est parfois légèrement étouffant. A ma grande surprise, je découvre derrière le petit jardin de Hong Cheung, de vieilles demeures et la cathédrale St John, rescapées de la grippe moderniste qui a touché la ville. Des buildings se construisent encore. C'est à celui qui sera le plus haut, le plus impressionnant. Alors se retrouver dans un coin à échelle humaine ne fait pas de mal, je dois le reconnaître.

C'est fou, ce qu'un endroit peu avoir comme charme dès lors qu'il y a de belles arcades en pierre et quelques palmiers. Et le silence surtout. Le silence. Le calme. Je continue de me promener. Je rencontre quelques européens dont le visage et l'allure me laissent à penser qu'il s'agit d'anglo-saxons ou d'Américains. Je cherchais un restaurant où déguster des spécialités locales mais n'étant pas dans le quartier pour cela, j'ai dû me replier sur…un Mc Donald. La honte ! Ça vaut le coup d'aller à l'autre bout du monde pour finir dans un " fast food ".

Mais comme à toute chose malheur est bon, j'ai le plaisir de constater que rien n'est gras. Mis à part le hamburger bien sûr : les employés nettoient automatiquement les tables dès qu'elles se libèrent et entre temps le sol et les toilettes. Le plus étonnant, c'est qu'ils sont habillés très élégamment! Hélas, pris par le temps, comme d'habitude, il est tant de se diriger à nouveau vers les ferries.

De retour à Kowloon, je recherche un taxi. Après avoir été abordé par un sorte de Fakir égaré qui m'a promis une longue vie jusqu'à 97 ans en lisant ma ligne de vie sur la mauvaise main, je découvre à ma grande déception tout un tas de restaurants chinois. Un taxi attend juste à côté et je préfère ne pas le laisser filer. Le chauffeur, un homme assez âgé ne comprend pas un mot de ce que je lui dit. Il me fait entrer en contact avec la centrale de taxis qui tente de lui traduire la direction dans laquelle je souhaite aller. Bref, en essayant de lui sortir le nom en chinois, il semble comprendre au bout de la 15ème fois.

Pourvu que nous allions dans la bonne direction. Oui, merci Seigneur ! le problème maintenant, c'est de trouver le bon Pier. Le taxi me dépose devant un bâtiment que je n'avais jamais vu mais qui semble appartenir à mon terminal. A peine arrivé, je dois circuler. Un agent se dirige vers moi m'envoie dans une direction dont je ne comprends pas le nom. Je reviens sur mes pas, il s'énerve, parle en agitant son bâton de circulation. Je préfère lui dire que je sais où me rendre. Je pars donc dans une direction inconnue, croise un employé du port, lui demande où se trouve mon terminal. Il n'en a aucune idée. Le choix, se fixe entre repasser devant mon agent au bâton, au risque de me faire enguirlander, ou de continuer tout droit le long d'un mur de barbelés. Peu engageant me direz vous. Mais c'était le bon choix.

J'ai reconnu de loin les jets d'eau des pompiers, arrosant un container de produits chimiques qui avait pris feu dans la matinée. Une escale vraiment intéressante et qui me fait dire que les temps très courts à quai ne sont pas finalement une mauvaise chose car ils permettent de se faire une idée du lieu, quitte à revenir ou non. C'est d'autant plus vrai chez les gens qui n'aiment pas s'éterniser quelque part et découvrir des endroits différents le plus possible.

Nous voilà en route pour Osaka après être sortis du port, ce qui tient parfois du miracle à Hong Kong tant le trafic est important. Les caboteurs chinois plus particulièrement, ont la mauvaise habitude de frôler et de couper la route. Ces marins sont fous. Même les pilotes le reconnaissent !

 

 

Jean-Gabriel Tridon Motte, élève à l'école de navigation d'Oldenbourg, Allemagne

 

jgab-tmotte@voilà.fr

 

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