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"Des nouvelles de Jean-Gab" - le jeudi 8 janvier 2004

 

Un tout petit mot d'abord. Pour ceux qui ne me connaissent pas, je m'appelle Jean-Gabriel Tridon-Motte.

Mettre au point une rubrique demande du temps et des infos. Je n'en ferai donc sûrement pas toutes les semaines mais je traiterai de thèmes divers liés parfois à l'Allemagne, notre voisin si mal connu que beaucoup de personnes assimilent à un passé sombre, qui est la troisième puissance économique mondiale comme chacun sait et notre premier partenaire européen.

Vos suggestions et idées seront toujours les bienvenues.

jgab-tmotte@voila.fr

Photo Pierre Hébert

 

"Norway" mis au coin pour la deuxième fois.

 

Le voilà le plus grand paquebot du monde, autrefois gloire de la France maritime, autrefois notre navire amiral ! Il est là, tout seul, dans le brouillard épais de la mer du Nord. Mais il ne dort que d'un œil car, lui le premier, attend de savoir ce que son armateur va décider.

Sera-t-il raisonnable et dans ce cas "Norway" sera condamné à mort, ou alors sera-t-il assez fou pour financer les réparations et redonner une chance à cette "Grande dame" qui ne demande qu'une seule chose : fendre la surface de l'eau de sa fine étrave.

Il se dresse là, devant moi. Derrière lui, cachés, des petits cargos qui attendent de passer en cale sèche. Il les écrase tous de loin avec ses deux grandes cheminées et sa ligne d'une finesse qu'aucun chantier n'offre plus à aucun paquebot.

A côté du Norway, le Lloyd Werft construit un de ces navires passagers nouvelle génération : ceux que j'appelle "bloc-fric". "Norway", lui, reste toujours aussi jeune et élégant, même s'il a plus de quarante ans.

Personne ne traîne sur le Bananen Kai. Il fait froid, très humide. Un silence de plomb pèse sur ce quai. On entend parfois seulement quelques fracas de plaques d'acier et une alarme venant des chantiers. Pas plus.

Je me dirige tant bien que mal vers "Norway", sur un sol mi-bétonné, mi-boueux, parfois recouvert de quelques mauvaises herbes qui cachent de vieux rails. Même les wagons de marchandises ne viennent plus se paumer ici. Mon arrivée semble sortir "Norway" de sa léthargie. Le ciel se dégage très légèrement au dessus de lui. A côté, ne traînent qu'un container d'ordures et quelques voitures. Je n'ai jamais vu de mes propres yeux le prestige de ce navire. Mais le voir là, encore tout seul, amarré fermement à un quai abandonné, C'est triste, très triste.

Personne ne sait ce qui est peut-être en passe de se décider chez NCL. L'armateur norvégien à confié aux chantiers allemands de Bremerhaven le soin de garder le grand bijou blanc et bleu. C'est mieux que rien et finalement bon signe : L'armement à toujours envoyé son "flag-ship" en réparation à Bremerhaven. Jamais ailleurs. Mais personne ne sait rien. Pas même le chef de projet auquel j'ai téléphoné. Il n' a pas la moindre information.

Ce bateau est beau. Il est comme neuf. La semaine dernière je l'avais vu furtivement de nuit. Il brillait. Dans la navigation fluviale, les mariniers ne parlent pas de casser un navire. Ils disent "déchirer une péniche". Ce terme est bien plus frappant. Il est impensable que " Norway " soit déchiré uniquement à cause d'une chaudière. Les trois autres sont en parfait état ! Ne l'envoyons pas à la casse ! De grâce ! Aucun d'entre nous est en mesure d' acheter "Norway" mais chacun d'entre nous peut se donner le temps de mettre son nom sur la pétition qu'Eric avait mis à jour il y a quelques temps sur marine-marchande.com.

Et ne commencez pas à vous diviser les uns, les autres ; entre ceux qui aimeraient en faire un musée, un hôtel ou un casino flottant et ceux qui disent : "Le laisser éternellement à quai est impensable, il doit naviguer sinon rien ".

En attendant, ce serait mieux que de le voir un jour beacher sur une plage pakistanaise, pousser un dernier souffle de vie et s'éteindre pour toujours, assailli par une fourmilière humaine qui le désossera petit à petit mais sûrement et dont il ne restera rien, absolument rien. Juste des photos et des souvenirs jaunis dans l'esprit des Anciens.

 

 

Jean-Gabriel Tridon Motte, élève à l'école de navigation d'Oldenbourg en Allemagne

est membre de "l'Académie Marine-marchande.com"

 

jean-gab@marine-marchande.com

 

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