La rubrique de Jérôme Billard

 

Le mercredi 6 février 2002

Jérôme Billard, ancien navigant de la marine-marchande, est passionné par l'histoire de la flotte de commerce et de ses navires. Photographe, il collabore à de nombreux ouvrages consacrés à ce thème.

 

L'Octane et son commandant.

 

En 1939, un pétrolier de 2.700 tonnes voit le jour à Saint-Nazaire. Après la guerre, son armateur, la Compagnie Navale des Pétroles l'arme au cabotage, sur le trafic des produits blancs.

Tous les ports de France, de commerce, ont reçu l'Octane. C'était une période où les grandes compagnies pétrolières armaient leurs propres navires, sans honte, sans peur et sans beaucoup de reproches encore. Le commandant du navire se vantait de connaître par leur nom, tous les pilotes français. L'Octane était sa propriété, son navire réservé. Il ne le quittait que pour ses congés.

Au siège parisien de la Navale des Pétroles, les couloirs étaient encombrés de vitrines, de grandes tailles, protégeant de la poussière tous les pétroliers construits pour elle depuis la guerre. Lorsque le Commandant de l'Octane passait à Paris, il était peiné, chaque fois, de constater l'absence d'une maquette de son pétrolier, certes le plus petit, mais de loin le plus beau. Il réalisa donc une réplique en laiton, magnifique, pendant ses congés pour l'offrir à son armateur.

La navigation à bord de l'Octane est pénible, comme l'est toute navigation de cabotage. Les escales sont rapprochées et rapides, les manoeuvres d'entrée et de sortie de port, interminables, et le travail au port ne laisse guère de loisirs pour l'équipage. Le commandant est souvent à la passerelle durant le voyage car les régions traversées sont très fréquentées. Il est certain que sur un navire comme l'Octane, on faisait plus que ses huit heures...

Dans le sale temps, les caboteurs sur lest sont ballotés dans tous les sens, et le sommeil devient haché. A force, ces embarquements usent les hommes. Quand la crise générale de notre marine marchande débute fin des années soixante dix, l'armateur se débarrasse de son petit pétrolier. Il rallie alors la flotte de Pétromer.

Le commandant qui n'avait rien vu venir, après des années de commandement, se retrouve second sur un long courrier de 30 000 tonnes déjà âgé. Son brevet de capitaine de la marine marchande ne lui permettait plus de pouvoir embarquer comme tonton sur les tankers de son armateur.

Ces dernières courtes années de navigation changèrent les hommes dans leurs habitudes. A la Navale des pétroles, les temps modernes avaient balayé les traditions. Notre commandant , nouveau second, s'appelait en fait chef de service. Une appellation peu maritime, mais qui en dit long sur les dérives, non pas des navires mais de l'époque!

Sur l'Octane il y avait un officier et un timonier pendant le quart sur la passerelle. Parfois un deuxième matelot montait donner la main, par gros temps ou dans les parages fréquentés. La fatigue, le commandant la redoutait pour lui et ses officiers. Il disait souvent que sur un navire, il y a tellement de choses à faire, et dans tous les endroits de la timonerie, que cela tient debout. D'ailleurs, il n'était pas pensable qu'un siège accueille, pendant le quart, les fesses de son lieutenant ou celles de son second. Pas même les siennes. Décision à méditer au moment où un second de porte conteneurs vient de mettre son bateau au sec, en dormant, alarmes diverses, dont celles capables de le réveiller en sursaut, débranchées par ses soins. Nous en reparlerons lors de la prochaine rubrique.

Au fait, jamais la maquette n'a pas eu le temps de rejoindre le siège de la Compagnie Navale des Pétroles. Ce n'était plus le temps des cadeaux.

 

 

jbillard@club-internet

 

©2002 - Jérôme Billard (reproduction interdite)

L'OCTANE

L'Octane dans le sas de Ouistreham. Un habitué des installations du port normand. Un pipe remplace les allées et venues des pétroliers depuis longtemps déjà.

 

L'OCTANE

L'Octane avant la guerre. Il ne reste plus qu'à installer le canon sur la plate forme avant.

 

 

 

 

La Mar Mar, la marine marchande française de 1914 à nos jours.

 

 

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