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La rubrique de Jérôme Billard
Le mercredi 6 mars 2002 Jérôme Billard, ancien navigant de la marine-marchande, est passionné par l'histoire de la flotte de commerce et de ses navires. Photographe, il collabore à de nombreux ouvrages consacrés à ce thème.
Les femmes montent à bord. L'expression bien connue,"une femme dans chaque port" nous ramène à une période déjà ancienne. Elle débute avec les grands voiliers et s'achève avec la conteneurisation générale des échanges maritimes. "Une femme dans chaque port" quelques mots jetés d'un coup sec. "vous êtes marin, ah oui, hé hé, une femme dans chaque port!" On ne peut cacher que les marins, dans leur écrasante majorité, apprécient la compagnie des femmes. Au terme de longues traversées, les escales avec visites à terre ne sont pas qu'exclusivement touristiques. Les ports du monde entier attirent ces dames, souvent chaleureuses, contribuant au bien être du marin. Ceux du pétrole, ne connaissent pas ces plaisirs particuliers: escales trop courtes et ports démunis... Les rotations rapides imposées par le shipping moderne ont rompu le charme. Les navires passent, et les plaisirs si subtils d'autrefois, très différents d'une passe justement, se sont évanouis. Une femme dans chaque port, oui, mais pas seulement. Vingt femmes dans un bateau, cela vous dit? Souvenir délicieux d'un navire âgé, au commandant très cool et un peu anar, qui récupérait le petit fret que les autres navires, de la compagnie, ne voulaient prendre. Un bateau limite disciplinaire, armé par tous les forts en gueule dont l'armateur disposait et qui auraient fait désordre à bord des nouvelles unités mises en ligne. Les escales réveillent les sens. C'est un moment particulier où le marin ressent l'éloignement plus encore. Ainsi donc, le vieux navire, ancré dans une calme lagune, bien chaude, se retrouve accosté par deux embarcations en bois, au moteur fatigué, pétaradant et fumant. Accostage sans retenue, mais réussi, puis vingt silhouettes colorées qui grimpent ensemble l'échelle de coupée, jeunes et bruyantes,la faisant balancer à en perdre l'équilibre. En dix minutes, ces demoiselles s'installent dans les cabines de ceux qui n'y voient pas un inconvénient majeur. Elles connaissent bien les navires. Etait ce l'habitude? L'agent était il au courant? le commandant en a t- il accueilli? je ne sais pas, et personne ne vous le révélera. Ce qui se passe à terre ou dans les cabines est toujours secret.: une règle d'or. Je me souviens du cuisinier, sa porte restant ouverte, et ses quatre nouvelles recrues.Le veinard possédant moult ventilateurs, il avait été rapidement choisi. Ces jeunes femmes allaient vivre plusieurs jours avec nous. Linge lavé, repassé, tendresse, rigolades, sommeil partagé, cabine nickel chrome, et plus si affinités bien entendu, tout cela dans le désordre, elles savaient se rendre indispensables...Quand le navire appareilla, elles le quittèrent en riant comme à l'arrivée. Un bien beau souvenir ces femmes africaines, extraordinaires de gaieté et de détachement. Et Dieu qu'elles ont la peau douce.
©2002 - Jérôme Billard (reproduction interdite)
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