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La rubrique de Jérôme Billard
Le mercredi 10 avril 2002 Jérôme Billard, ancien navigant de la marine-marchande, est passionné par l'histoire de la flotte de commerce et de ses navires. Photographe, il collabore à de nombreux ouvrages consacrés à ce thème.
Journal de bord.
Sur la table des cartes, il trône, toujours ouvert. Toutes les quatre heures, l'officier qui termine son quart le remplit soigneusement. En cas de naufrage, le commandant qui le vise quotidiennement, doit l'emmener avec lui. Quelques uns arrivent jusqu'à nous. Dans le journal de bord, le voyage est résumé d'un style froid et concis, mais tout y est. A le lire, on finit par se retrouver à bord et sans faire d'effort, l'environnement se reconstitue. Notre navire charge à Hambourg le 12 juillet 1953, 111 tonnes de divers puis 8 tonnes de colis. Le lendemain, 8 tonnes pour Rio, 23 tonnes pour Santos, 92 tonnes pour Montévidéo, puis 102 tonnes pour Buenos-Aires. Une transatlantique se prépare, l'équipage change donc le 13 juillet, les réserves d'eau des canots bâbord. A 11h08, le pilote allemand monte à bord. L'équipage gouverne suivant les indications du pilote, et les ordres du Commandant. A chaque fois, cette phrase sera réécrite sur le journal. 11h18, attention pour les machines. 11h37, largué tout; 11h45, largué remorqueurs. 11h55, débarqué pilote de port. 14h05 à 14h18, ralenti pour passer une drague. 16h32 à 16h52, ralenti pour passer Cuxhaven. 17h05, passage Elbe3. 17h31, passage Elbe2, 18h01, passage Elbe 1, et débarque du pilote de mer. 18h07, En route pour la mer à 108 tours. Il est noté: Temps à grains, vent fraîchissant tangage accentué, nombreux pêcheurs. Par une dizaine de lignes, on suit le navire dans sa progression.Le Havre, 17 juillet. 14h00, pilote à bord. 15h25, débarqué le pilote. 18h36, passe Barfleur. 20h03, passe La Hague, 21h03, les Gasquets. Le 18 juillet, 02h55, Ile de Batz. 04h10, Phare de la Vierge. 04h50, le Four. 05h28, Créac'h au sud à 6,5 milles. Pour le marin, le temps est beau. Il note: Beau temps, mais fort tangage, navires en vue. En fin de quart, tangage accentué et fatigue du navire. Cela doit commencer à remuer un peu!. Le navire quitte Lisbonne le 20 juillet pour entamer sa traversée qui le conduira à Rio. Dans le journal, on apprend que des points d'étoiles sont possibles les 21,27, 28, et 30 juillet à 05h35. Avant ce dernier point, vers 03h00, le navire coupe la ligne des fonds des Abrolhos. A 10h00, le 31, le navire est à quai à Rio. Le Commandant, à la fin de chaque partie de voyage, livre des indications sur la distance parcourue. Notre navire de Lisbonne à Rio, parcoure 4228 milles, à la vitesse de 16,07 noeuds. Une mine de renseignements, précise et parfois poétique. En cherchant bien, il est possible de remarquer des changements d'humeur. Ainsi, lors d'une remontée vers Bordeaux, l'officier de quart note les passages remarquables. 11h36, bouée numéro 19, 12h47, stoppe à Pauillac, 12h50 changement de pilotes, 13h30, passage de l'île Verte. Et il signe. Le commandant ajoute en gros, au crayon de papier, dans une écriture coléreuse: " L'Ile Verte est longue?!! 22 km" . Le lendemain, l'officier visé ajoute à son tour: " Travers extrémité nord de l......." Ils ont du se battre un peu froid quelques jours... Si vous avez l'occasion de trouver chez un antiquaire des journaux de bord, achetez les, ça vaut un bon roman. Sur mon journal, une étiquette indique qu'il s'agit du paquebot des chargeurs Claude Bernard, voyage numéro 19, 1953. Bon vent.
©2002 - Jérôme Billard (reproduction interdite)
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