![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
La rubrique de Jérôme Billard
Le mercredi 17 avril 2002 Jérôme Billard, ancien navigant de la marine-marchande, est passionné par l'histoire de la flotte de commerce et de ses navires. Photographe, il collabore à de nombreux ouvrages consacrés à ce thème.
Un lundi à Antifer.
Depuis quelques jours, je suivais à la trace un supertanker français qui remontait du Cap pour décharger à Antifer. Le but était de le prendre en photo dans le port, au moment de son évitage. Longue manoeuvre, nécessitant plusieurs remorqueurs, car il n'est pas aisé de faire accoster une masse de 360.000 tonnes. Parmi tous les navires, les pétroliers sont les plus difficiles à prendre en photo. Les ports qui les reçoivent se situent loin des villes et dans des zones protégées. Après plusieurs coups de fil aux armateurs et au consignataire du navire, l'arrivée, retardée d'une journée par rapport aux prévisions initiales, serait pour lundi, 8hOO, passage de la digue du port d'Antifer. Départ de Paris très tôt, deux heures de route, et Antifer sous un beau ciel bleu. Du haut de la falaise, j'aperçois un tanker , amarré, ce n'est pas le mien, et rien à l'horizon dégagé. Je file à l'interphone de la capitainerie, expliquant mon cas, l'officier de port me répond que le pétrolier tant attendu, victime d'un retard, ne sera sur rade que dans l' après midi. Le vent d'est bien établi, force 8, a du forcer le commandant à réduire fortement l'allure durant la nuit. Les pétroliers chargés fatiguent dans le gros temps. Je ne suis pas venu seul ce matin à Antifer. Des amis de Saint-Nazaire m'avaient donné rendez- vous pour voir l'arrivée du bateau, avec leur fils, officier polyvalent, qui embarquait sur le pétrolier. Déception partagée pour les uns et impatience du marin, forcé d'attendre une journée de plus. Pour se changer les idées la visite du port du Havre s'imposait. Tout le monde accepta. Un bon moment entre marins, mère de marin, fiancée de marin et fils et père de marin. Le navire n'était pas remonté en allure, le temps ne s'améliorant pas. Les dernières prévisions le donnaient pour le lendemain à 12h00 à l'appontement. je suis donc reparti sur Paris, laissant mes amis au Havre, au foyer des gens de mer, avec une mission pour le lendemain matin: prendre le supertanker en manoeuvre d'évitement. A 10 heures tapantes, voici les amis de Saint-Nazaire sur le port d'Antifer, bien en avance, deux heures avant l'accostage. Mais le navire fantasque était déjà à son appontement...Pas de photos de la manoeuvre. Le déchargement s'opéra aussitôt, départ pour l'Angola dans 36 heures. Le brut se déverse dans les bacs à pétrole de la CIM, déjà bien pleins. Le déchargement est interrompu plusieurs fois. L'escale sera longue; Cela tombe bien, car le départ est donc finalement prévu pour vendredi 14h00. Avec un peu de chance, si le retard s'accumule, je pourrai revenir à Antifer pour l'appareillage. Je téléphone donc au consignataire, et j'apprends, effondré, qu'il a appareillé depuis le matin..... Les photos, ce sera pour une autre fois. C'est dur dur de photographier un supertanker ! Bon vent et à la semaine prochaine.
©2002 - Jérôme Billard (reproduction interdite)
Le côtre pilote H 23, préservé au Havre. Sur ce type de navire à voiles, les pilotes partaient à la rencontre des voiliers et vapeurs jusqu'à l'entrée de la Manche, entre Ouessant et Plymouth. Le plus rapide sur les lieus, servait les meilleurs navires. Une épopée.
LES ARCHIVES
|