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La rubrique de Jérôme Billard
Le mercredi 24 avril 2002 Jérôme Billard, ancien navigant de la marine-marchande, est passionné par l'histoire de la flotte de commerce et de ses navires. Photographe, il collabore à de nombreux ouvrages consacrés à ce thème.
Des hommes isolés.
Le commodore de la White Star Lines, vieux marin d'expérience, adulé, respecté, fréquentait les hommes et les femmes les plus fortunés de la planète. Il commandait depuis de nombreuses années, et n'avait jamais connu d'accident. L'armateur lui confia donc son plus beau paquebot. Tout à son plaisir de commander un navire neuf et si prestigieux, sa gloire déjà grande, lui fit croire que son paquebot serait véritablement un phénomène. Les marins de son équipage lui vouaient une admiration sans borne et non discutable. Les ingénieurs construisent pour lui un navire insubmersible. Détachés des réalités, petit à petit, le commandant Smith, y crut de plus en plus. Ce marin, le mieux payé de son temps, traversa l'Atlantique Nord, à toute vitesse, humant délicatement les vapeurs citronnées de son thé, sur sa passerelle protégée, tel un Dieu. Son sens marin, érodé par des certitudes imbéciles, envoya son navire par le fond, aidé en cela par un immense iceberg, malencontreusement et contre toute attente, placé devant sa route. Quelques années après, le commandant italien d'un autre paquebot aux superlatifs déraisonnables, équipé de toutes les aides modernes à la navigation, rencontre lui, un paquebot suédois, tout aussi bien fourni en électronique. Le choc est terrible, le paquebot , orgueil de l'Italie, coule en quelques heures. S'adressant aux journalistes, le commandant prononce une seule phrase, en débarquant aux Etats Unis: " J'aimais la mer, maintenant, je la hais". Le pouvoir et la gloire, la certitude de bien faire, de mériter, sans beaucoup d'auto critiques, firent du commandant du Titanic, un pauvre bougre pour l'éternité. Le commandant de l'Andréa Doria, exprima sa colère, seulement sa colère, contre la mer tant aimée. Elle n'y était pourtant pour rien, d'huile ce jour là, sous la brume, trop de confiance, c'est tout, comme un isolement. A la fin de cette soirée de premier tour, je pense à ces deux hommes de mer. Ils ont cru qu'on les remercierait d'arriver à bon port! Leur devoir est ici, seulement, pour le reste, ce n'est que littérature, si j'ose dire. Surpris, meurtris, ils oublièrent qu'ils étaient des hommes au service des hommes. C'était là leur grandeur. Tout simplement Bon vent et à la semaine prochaine
©2002 - Jérôme Billard (reproduction interdite) Caen Ouistreham 2 et Caen ouisreham 3, les anciens Appelant et Abeille 6, aujourd'hui armés, sans crise, par le port de Caen, et par la chambre de commerce, qui ont pris la suite d'une filiale des Abeilles. Comme à Brest bientôt, on ne peut approcher les navires de commerce dans le sas de Ouistreham. La marine marchande, c'est aussi cela, un beau navire, des cygnes, une ambiance.
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