La rubrique de Jérôme Billard

 

Le mercredi 5 juin 2002

Jérôme Billard, ancien navigant de la marine-marchande, est passionné par l'histoire de la flotte de commerce et de ses navires. Photographe, il collabore à de nombreux ouvrages consacrés à ce thème.

 

Des parties de foot.

 

Quand les navires embarquaient un équipage de trente marins, que les escales étaient longues et les navires à quai nombreux, des matchs de foot s'organisaient entre équipages. Il fallait la bonne volonté de l'agent de la compagnie pour trouver un terrain, et du commandant pour encourager les rencontres.

Une fois en Afrique, du coté de la lagune d'Abidjan, un bananier Russe du nom de Cuba se trouvait en escale, juste derrière le notre. Par suite d'accords commerciaux entre gouvernements et armateurs, à notre poupe, en lettres maladroitres, on pouvait lire Libreville comme port d'attache. Le pavillon du Gabon flottait fièrement. Au bout du troisième jour, un représentant du bananier russe monte à bord. Le but de sa visite consistait à organiser une rencontre amicale entre les deux nations.

Il fut surpris de voir que l'équipage du navire gabonais ne comportait que deux nationaux, le reste étant constitué de marins français. Surpris, mais content! Rendez vous pris, terrain réservé, la rencontre programmée pour le lendemain, le second prend l'affaire en main et forme l'équipe. Pas de maillots uniformes, pas de chaussures de foot, mais une belle volonté.

Sur le stade, les russes sont là, impeccables dans leur tenue aux armes de leur navire. Des chaussures neuves aux pieds, un short noir pour chacun: des pros. Atlhétiques ces russes, grands gaillards qui devaient etre habitués aux stages commandos. Notre équipe véhiculait une autre image: des gros,des petits, des maigres, une équipe typique marine marchande des pays libres!

Les reproches ne tardant pas en direction de l'armateur qui n'avait rien fourni pour ce genre de cas, puis, la rencontre commence. Nous avons à faire à des sportifs de haut niveau! et droit à une mémorable et sévère raclée, plus quelques blessures, ces diables de russes prenant l'affaire très au sérieux, le commissaire politique et entraîneur également.C'est vrai que les navires de commerce russe aux nombreuses antennes de radio, pas uniquement pour les messages personnels...et aux antennes de radar en grand nombres, qu'on aurait pu équiper toute la flotte de commerce gabonaise, armés par des équipages entraînés comme des militaires, représentaient un monde à part, comme le pays.

Bref, après la défaite, les cadeaux en guise d'amitiés entre les peuples s'échangent. Chacun de nous recevant un écusson de la région du navire, Pays Baltes,et pour le navire, un beau drapeau avec son mat sur un socle en forme de barre. Nous n'avions rien à offrir. Le commandant rattrapa le coup en invitant pour le lendemain les joueurs russes à bord pour un pot. Les joueurs très contents portèrent leur regard vers le commissaire politique, qui lui, faisait un peu la tronche! Mais le rendez vous est pris.

A bord, l'ambiance est bonne et le charpentier prépare un objet en secret pour l'équipage russe. Le soir, vers 23 heures, le Cuba appareilla, contre toute attente et pris la direction de la lagune, pour mouiller. Pas de pot donc, pas de réception, pas d'excuses non plus. Nous avons toujours pensé que le commissaire devait trouver les choses peu à son goût et trop conviviales, donc avec un risque de contagion politiquement incorrecte possible.

Quel talent ces soviétiques, et quelle organisation. Du coup,la défaite fut moins amère, et notre pays d'origine rempli de vertus à y bien réfléchir!. Notre goal gabonais, surnommé jusqu'à la fin du voyage "la passoire", eut le mot de la fin: "Ils sont racistes les russes, ils n'ont pas voulu trinquer avec des noirs" Pourquoi tu dis cela demande le second, ils ne sont pas libres surtout les pauvres. " Ils sont racistes, la preuve, me mettre 11 buts!" Il y avait une bonne ambiance à bord des navires gabonais!

Le présent fabriqué par le charpentier resta à bord, dans un coin. C'était une boite de cigares, avec, gravé en relief le nom des deux bateaux, la date et le score: 11 à zéro! Il ya prescription, c'est pourquoi je révéle le score!

Bon vent, bonne coupe du monde, et à la semaine prochaine...

jbillard@club-internet

 

©2002 - Jérôme Billard (reproduction interdite)

DIONE

Le vapeur Dioné,de la Société navale caennaise vers 1967.

 

VERSAILLES

Le ferry Versailles en 1986, dans l'ancien port des ferry de Dieppe. Un beau navire, à l'époque où Dieppe recevait un million de passagers par an.

 

 

 

 

 

 

 

 

La Mar Mar, la marine marchande française de 1914 à nos jours.

 

 

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Tankers - navires citernes de Chez nous

 

 

 

 


 

 

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