La rubrique de Jérôme Billard

 

Le mercredi 18 septembre 2002

Jérôme Billard, ancien navigant de la marine-marchande, est passionné par l'histoire de la flotte de commerce et de ses navires. Photographe, il collabore à de nombreux ouvrages consacrés à ce thème.

 

"Fort de Bouc"

Au bout de la côte bleue, en partant de la rade de l'Estaque, le petit port de Carro délimite le début du golfe de Fos.

Un peu avant, le sémaphore et le phare de La Couronne surveillent cette entrée délicate, et son obstacle, que l'on nomme la Rague de Carro. Ici, de nombreux navires se sont perdus. Les navires d'aujourd'hui reconnaissent la bouée Oméga, très au large, avant d'entamer leur entrée du golfe. Allez y , à pied, en voiture ou en train, cela vaut le détour.

Le train surtout, la fameuse ligne Miramas- Marseille, qui longe la côte, avant de foncer à travers des paysages magnifiques vers le viaduc de Caronte. Le trajet, maritime de bout en bout, jusqu'à Martigues, devrait suffire au plaisir des amoureux de la mer et des navires. Pour les puristes, l'approche terrestre des installations portuaires du golfe de Fos mérite une journée d'exploration. On ne peut pas emmener sa famille partout, même préparée aux plus hasardeuses expéditions. C'est que la région renferme le plus gros complexe pétro-chimique de France, et le deuxième en Europe! Ce n'est pas rien , surtout au niveau des odeurs de pétrole, pas si désagréables que cela en fait.

Pour voir les navires , il faut une clé, la plupart des zones étant interdites aux personnes non autorisées. Voici donc un itinéraire, empruntable en famille, en famille maritime, cela va sans dire..

De Martigues, lancez- vous et prenez la direction de Lavéra. Roulez doucement, lisez bien les panneaux, énormes, sans avoir peur, rassurez votre monde, admirez les cuves, les tuyauteries, les trains de gaz. Vous vous trouvez dans le site. Repérez bien les indications des fameux panneaux, cela est utile en cas de crise grave. On vous dit tout : "En cas de fuite, d'explosion, d'odeur tenace, de danger immédiat, vous serez prévenus par une sirène et des feux clignotants. Ralliez immédiatement Martigues. Ou bien, coupez votre moteur et gagnez les abris. Nous sommes dans une zone Sévéso!

Fiers de braver autant de dangers, continuez votre route sur trois kilomètres de dépôt pétrolier, et longer le port de Lavéra, qui est encore très actif. Ce port, avec cinq à six tankers escalant à la fois, a été construit pour l'acheminement du pétrole algérien. C'est, ou plutôt c'était, la Mecque des marins du pétrole des années soixante. Aujourd'hui, les gros navires font escale à Fos, Lavéra reçoit des navires plus petits, et exclusivement étrangers, mis à part les caboteurs de Fouquet Sacop, et ceux de Maritima.

De la route, les photos sont difficiles à prendre, l'arrêt du véhicule n'étant pas franchement conseillé ! Continuons encore cette initiation. Il faut maintenant arriver quelque part, car la petit famille s'énerve et n'est pas franchement intéressée! Surtout que les plages de Carry le Rouet ou de Sausset les Pins ne sont pas qu'un souvenir vague ! Voilà de quoi les calmer. Après quelques virages, dans une zone un peu recouverte de broussailles souffrantes, la Maison des gens de mer, ou plutôt l'Hôtel des gens de mer, se dresse devant vous. Un hôtel contemporain de la construction de Lavéra, moderne en 60, mais qui n'a pas bougé depuis. C'est extraordinaire!

On se croirait à une autre époque, surtout qu'il n'existe aucun repère actuel ! Une ambiance, perdue, à 100 mètres du premier pétrolier à quai. Vous pourrez boire un jus de fruit sur une grande terrasse d'une centaine de mètres, munie de quatre chaises qui n'accueillent plus personne, donnant sur la vigie de Port de Bouc, en face. On imagine qu'elle devait être animée par les familles de marins en escale, toujours renouvelées... Un excellent menu "ouvrier" est proposé, servi par de fortes femmes, habituées aux marins du monde entier, aux ouvriers des raffineries et pas tellement aux familles en excursion. On vous regarde, mais vous êtes accueilli de belle façon et vous mangez très bien. Je vous rassure, personne ne vous pose la question : mais que faites vous ici ? Une adresse à retenir, pension complète à 180 francs ! Quatre étages de chambres, dont la moitié avec vue sur mer ! Apres ce pot rafraîchissant, vous laissez Hôtel des gens de mer, maison privée, et vous partez voir la mer. Elle est à 500 mètres, bien cachée.

La route n'est pas fameuse., chemin de terre, dirons nous, longeant des anciens bureaux de consignataires, aujourd'hui disparus ou installés à Fos. Si vous ne vous retournez pas, vous oubliez les raffineries et les torchères ! La vue est alors splendide sur le golfe, sur le chenal de Fos et de Port Saint Louis et sur l'entrée du canal de Caronte donc de Lavéra. Votre récompense se trouve là. En redescendant des talus boisés, un fort magnifique surgit devant vous. Un fort authentique, datant de Vauban et construit par Vauban. Les pieds dans l'eau sur trois cotés, surmonté d'un phare de petite taille, il est bien conservé, ne figure dans aucun guide et ne se visite pas. A l'intérieur il y aurait des explosifs de la guerre ! Je peux vous le confirmer, ce fort est le moins visité de France! On en a vu d'autres en venant jusqu'ici ! Nous visitons donc les fossés, le reste d'un petit port, constatons que la petite marée existe bien en Méditerranée et laissons les enfants s'amuser comme des fous, pécher des crabes et monter sur les remparts. La récompense des enfants, sages et patients, habitués à se balader dans les ports fait plaisir à voir. Mais la votre, où se trouve-t-elle?

Devant vos yeux, et sous un soleil de plomb. Un minéralier de 30.000 tonnes, remorqueurs à l'avant et à l'arrière, sort de la muraille du château de Vauban, pour gagner le golfe de Fos. Impressionnant spectacle, rarissime cadre, les pensées s'évadent loin, loin ,loin. Voilà, le but de ce voyage de vacances est atteint. Vous partirez avec regrets. La passe de Port de Bouc, endroit que vous connaissez maintenant, et son fort, le Fort de Bouc, territoire désert, point de vue imprenable, ou vous prendrez des photos inédites!

Maintenant, ce n'est pas la peine d'en parler à vos amis!!!

Bon vent et à la semaine prochaine.

 

jbillard@club-internet.fr

 

TUGEN

Le Tugen quitte Lavéra.

 

TRAVAIL DES REMORQUEURS

L'Abeille Provence, par fort mistral, maintient le navire à quai.

 

FORT DE BOUC

Et voici le centre de l'histoire d'aujourd'hui.Un bien beau fort, en effet!

 

LA SURPRISE

Le miracle: un navire sort sans prévenir!

 

BATEAU ARRIVE

Ce beau minéralier, avec l'aide de deux remorqueurs, va passer le Fort de Bouc et se rendre à Caronte.

 

CARGO BOC

D'où je vous parle, on peut admirer ce spectacle!

 

 

©2002 - Jérôme Billard (reproduction interdite)

 

La Mar Mar, la marine marchande française de 1914 à nos jours.

 

 

LES ARCHIVES

 

 

 

 

Tankers - navires citernes de Chez nous

 

 

 

 

 

Site Meter