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La rubrique de Jérôme Billard
Le mercredi 25 septembre 2002 Jérôme Billard, ancien navigant de la marine-marchande, est passionné par l'histoire de la flotte de commerce et de ses navires. Photographe, il collabore à de nombreux ouvrages consacrés à ce thème.
"Qu'est ce qu'on mange ?" Sur les navires français, en général, le cuisinier était un bon professionnel. Conscient que son talent pouvait faire et défaire les bonnes ambiances, c'est, il faut le dire, un des hommes les plus importants. Que mange-t-on sur un navire au large? La question se pose, souvent. C'est vrai, je pensais que vous mangiez des boites et du surgelé! Et bien non, cher Monsieur. Nous mangeons très bien. La cuisine est variée, avec des plats obligatoires, mais des découvertes sont possibles. J'ai gardé un cahier, avec tous les menus, lors d'un voyage sur l'Afrique. On collectionne bien les menus du France ou du Normandie! Sans atteindre ces sommets, voici quelques exemples de repas d'équipages. Ainsi, cette fois là, au large de Barfleur, vers 20 h00, le chef avait préparé la soupe inévitable, puis des moules à la normande, des côtes d'agneau. Un fromage potable terminait ce bon repas copieux ! Le lendemain,saucisson ou jambon, couscous, glaces. puis crevettes, tripes, fruits. Au large de Port Etienne, le cuisinier prépare la bête, qu'il accommodera avec des tomates et des pommes de terre. Un bon gâteau aux fraises achèvera ce délicieux repas. Le même jour, nous croisons le Massalia, un ferry de croisière, remontant sur l'Europe. Les passagers se régalent sans doute. Nous aussi, avec une soupe de poisson, de la viande de cheval, et du fromage et des fruits. Trois jours plus tard, la température de l'eau est de 28°C. Il doit faire chaud. Au large de Dakar nous trouvons dans nos assiettes, une soupe, du chou fleur, une viande de boeuf, des haricots blancs, du fromage et une glace. La première fois que j'ai passé le Cap des Palmes, j'étais fier. Pour moi c'était le bout du monde. C'est un joli nom en plus. Le jeune cuisinier servira du saucisson fumé, un carrelet à la bonne et épaisse crème, un canard à l'orange, puis une glace pour digérer. Dans la lagune, au mouillage, j'ai découvert les fruits exotiques. Il les servait à foison. Les petites bananes vertes, au goût de banane, les mangues, inconnues sur le continent, et bien juteuses.. Les crevettes roses sont exceptionnelles. J'en ai mangé plus que de raison. Le cuisinier voyant que visiblement j'appréciais, me servait spécialement! et j' ai gardé pour ce fruit un goût immodéré! Je pourrais continuer, mais vous avez compris qu'on mange bien à bord d'un navire de commerce. Vous devez savoir aussi que le cuisinier est un marin. Celui dont je vous parle, venait prêter la main, lors de certaines manoeuvres. Si j'aimais beaucoup ses crevettes, il adorait bosser une amarre! C'est d'ailleurs en le regardant faire que j'en ai compris la subtilité. Marin du commerce, en charge de la cuisine, c'est une grande responsabilité. Mais je confirme que la table était souvent bonne. Je ne suis pas certain qu'à l'époque, les équipages se rendait bien compte de la chance qu'ils avaient! Alors, vive le cuisinier de la marine marchande, c'est un maître! Il prend ses repas au carré des maîtres, c'est tout dire! Bon repas, et à dans sept jours..
©2002 - Jérôme Billard (reproduction interdite)
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