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La rubrique de Jérôme Billard Le mercredi 2 octobre 2002 Jérôme Billard, ancien navigant de la marine-marchande, est passionné par l'histoire de la flotte de commerce et de ses navires. Photographe, il collabore à de nombreux ouvrages consacrés à ce thème.
"Cette ville est une énigme ! " Oppressante, grouillante de monde, bruyante, sale, pourquoi l'aime-t-on tant? Certains de ses quartiers sont européens à fond, d'autres, vous font prendre conscience du tiers monde. Des contrastes saisissants s'offrent à votre vue de votre chaise longue! Cette ville est maritime, très maritime. Tête de ligne, les marins la connaissent bien. Ils y ont leurs habitudes, et y reviennent souvent. Sa proche banlieue, baigne dans l'eau douce et la mer, toute chargée d'histoire. Une histoire stoppée par les fièvres jaunes et autres épidémies dévastatrices. On y trouve des vestiges du style colonial en piteux état, et des restes de palais de gouverneur en état parfait, reconvertis en orphelinats, en maisons de commerce et en musée. Sur les étendues d'eau qui partagent la ville en plusieurs carrés, des pinasses taxis, bondées, joyeuses, vous emmènent plus sûrement et plus rapidement que les ponts gigantesques aux noms de présidents amis du pays. Le pain cuit dans la grande boulangerie de Blokosso est une merveille, les maisons des diplomates de Cocody, splendides et entretenues, font rêver. Les hôtesses de l'air en escale,souvent splendides aussi, se prélassent dans les jardins aquatiques du plus bel hôtel d'Afrique. Tout autour de cet hôtel, une palissade, bien haute, sépare le peuple des touristes du coeur vivant de cette capitale. Le palais du président accueille les ambassadeurs pour la remise en grande pompe des lettres de créance, et vous êtes au courant, car le journal du pays vous raconte tous les détails. Dans cette belle ville, la nuit tombe vite. Alors, dans chaque rue des quartiers populaires, des feux s'allument, des fumées s'envolent, des cuissons se préparent. La musique et la danse explosent, les conversations s'animent.. Ce n'est qu'au petit matin que tout cesse! Les quartiers regroupent entres eux des Africains d'ailleurs. Les béninois, surtout à Blokosso, tandis que Treichville, la redoutée, abritent les congolais, les biaffrais et les pauvres ghanéens... C'est une métropole accueillante et tolérante. Dans mes pensées reviennent les mots Adjamé, lagunes, pinasses, Bingerville, Vridi, foutou, poulet braisé, plateau, Hôtel Ivoire, Treichville, taxi brousse, et toubabou.... J'ai beaucoup aimé cette ville. La première fois que j'ai pratiqué le patin à glace, c'était ici, à la patinoire de Hôtel Ivoire! Une patinoire, en pleine Afrique! J'aimais prendre un vin de palme dans les bicoques de l'embarcadère de la baie du Banco. Le vin de palme, ce n'est pas terrible, mais l'ambiance de ce lieu...quel délice! Le zoo, à la fois déplacé et proche des forêts, souvent visité, avec son gorille qui ne supportait pas de voir un couple passer, seuls les blancs sont capables de construire un zoo en Afrique!. J'aimais les chauves souris, près de l'Hôtel du Plateau, qui appartenait aux Chargeurs Réunis et les énormes lézards du centre ville, qui raffolaient du coca!. Je pense que mes souvenirs ne correspondent plus à la réalité. Mais peu m'importe, j'ai été très heureux à Abidjan, la plus importante ville de Côte d'Ivoire. Bon vent et à la semaine prochaine.
©2002 - Jérôme Billard (reproduction interdite)
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