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La rubrique de Jérôme Billard
Le mercredi 9 octobre 2002 Jérôme Billard, ancien navigant de la marine-marchande, est passionné par l'histoire de la flotte de commerce et de ses navires. Photographe, il collabore à de nombreux ouvrages consacrés à ce thème.
"Pétrolier à double coque" Les événements dramatiques qui ont abouti à l'incendie du supertanker Limburg, ont fait une victime parmi les membres de l'équipage. A l'heure où nous mettons sous presse, les enquêteurs n'ont pas encore rendu leurs premières conclusions. Nous ne savons donc rien. Juste qu'il s'agit d'un pétrolier à double coque, comme tous les supertankers sortant des chantiers depuis quelques années. Ce sont les américains qui exigèrent l'adoption de ce procédé pour les navires citernes se rendant dans leurs eaux. Traumatisés qu'ils étaient par les ravages causés en Alaska par un de leur pétrolier, le malheureux Exxon Valdés, il y a une dizaine d'année. La double coque présente un avantage indéniable en cas d'échouement du navire, un espace vide de sécurité avant les tôles proprement dites des citernes Un paquebot anglais fit l'objet des ces transformations. Un coûteux chantier, sur un navire déjà construit, dans le but de lui ajouter une double coque. Ce navire s'appelait l'Olympic, c'était le sister ship du Titanic! A l'époque cette double coque étaient la seule solution pour faire revenir à bord la clientèle traumatisée... Plus tard, des navires spécifiques, les pétro-minéraliers, utilisèrent cette technique. Une double coque permettant de pouvoir charger du vrac solide ou du vrac liquide, au choix des affrètements. Les méthaniers, hautement sophistiqués bénéficient également de cette technique. Alors pourquoi une grande partie du monde maritime est très critique sur la double coque. On peut comprendre les raisons de surcoût de construction, les batailles d'experts et les critiques d'une obligation venant des USA, mais est ce suffisant? D'autant plus que des accidents graves n'ont pas eu la suite dramatique qu'ils méritaient, grâce à la double coque Ainsi, le 10 août 1979, le gros méthanier de 125.000 m3, El Paso Paul Kaiser, de la taille d'un pétrolier de 180 000 tonnes, s'éventra à pleine vitesse sur une roche espagnole. La déchirure dans ses fonds atteignait plus de la moitié de sa longueur!. Il n'explosa pas, par miracle. Sa double coque le sauva. S'agissant d'un pétrolier, le problème est diffèrent. La double coque servant de ballast, une corrosion des parois de citerne devient possible. Des peintures existent, bien appliquées,elles reculent et contrôlent cet effet pervers. C'est d'ailleurs pour cela que les marins pensent que ces navires deviendront dangereux au fil des années et des manques d'entretien. Le danger de fuite entre les citernes et la double coque existe. Les conséquences redoutables viennent immédiatement à l'esprit : cette partie du navire n'étant pas atteinte par le dispositif de gaz inerte, les dangers d'explosion, en cas de fuite de brut, donc de production de gaz d'hydrocarbure extrêmement explosif, sont réels. Des contrôles, manuels le plus souvent, des atmosphéres des doubles coques, s'effectuent réguliérement. Mais cette partie du navire ne peut, pour l'instant , être inertée. Il s'agit du point faible du pétrolier à double coque. Attentat, accident, conjonction des deux, nous ne savons pas. Mais on reparle de cette hypothèse, preuve d'une faiblesse alarmante. Or, s'agissant de la sécurité des équipages, il faudra bien s'y repencher prochainement. Bon vent et à la semaine prochaine
©2002 - Jérôme Billard (reproduction interdite)
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