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La rubrique de Jérôme Billard
Le mercredi 16 octobre 2002 Jérôme Billard, ancien navigant de la marine-marchande, est passionné par l'histoire de la flotte de commerce et de ses navires. Photographe, il collabore à de nombreux ouvrages consacrés à ce thème.
"Pensées pour mes amis" Le vent souffle à 130 kilomètres à l'heure sur la pointe de la Bretagne aujourd'hui. Deux navires s'y trouvent en difficulté. Les marins en pêche doivent déguster un maximum. A entendre les dernières nouvelles du Yémen ou d'ailleurs, on en avait presque oublié que le métier de marin est simplement, quotidiennement, un métier à haut risque. Une quinzaine de supertankers porte notre pavillon. Kerguelen ou non, ce sont nos couleurs. Quelques uns portent les couleurs du Luxembourg, très belles. Une poignée de marins français ont posé leur sac à bord. Avec leurs collègues, natifs de contrées proches ou éloignées, ils partagent un travail, difficile, exigeant. Qu'une embarcation bourrée d'explosifs viennent à les accoster, le monde s'enflamme, les journalistes prédisent une hausse du brut, une crise, une panique.. la crise, elle dure depuis 30 ans. Cette part de danger, les enfants, les parents, la prennent pour eux, la canalisent, du mieux qu'ils peuvent. Hommes et femmes empruntent le métro, l'avion, le train, tous les jours. Avez vous entendu ces gens se plaindre, avoir peur ? Jamais, ou si peu. Alors pour ceux qui connaissent un proche qui navigue, ces quelques lignes pour rappeler que le vrai danger c'est la mer, parfois. Les marins la redoutent, la connaissent et sont formés pour y survivre, le plus souvent. Ce frêle esquif, bourré d'explosif, finalement a fait un trou de 7 mètres sur deux, sur une coque hors de l'eau qui mesure 340 mètres de long sur 20 de hauteur. Une toute petite brèche. Un marin est mort, noyé, hélas.Victime innocente de l'attentat. Malgré certains journalistes, en rajoutant, adeptes de la logique du pire et de la désespérante peur qu'ils voudraient totalement communicative, les hommes et les femmes de ce pays connaissent les risques, y pensent, mais vont et viennent, comme d'habitude. J'allais dire comme les marins, sur leur navire, quoiqu'il arrive, ceux du Limburg, et tous les autres, avec l'appui de leur famille et de leurs amis. Bon vent et à la semaine prochaine.
©2002 - Jérôme Billard (reproduction interdite)
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