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La rubrique de Jérôme Billard
Le mercredi 8 janvier 2003 Jérôme Billard, ancien navigant de la marine-marchande, est passionné par l'histoire de la flotte de commerce et de ses navires. Photographe, il collabore à de nombreux ouvrages consacrés à ce thème.
"La canne au pommeau d'or" Les habitants de Montréal, ceux qui vivent au bord du grand fleuve, et les marins des grands lacs connaissent bien l'histoire de la canne au pommeau d'or. Une histoire ancienne débutant en 1840. Pour être tout à fait précis, au début, c'était l'aventure du haut de forme, 40 ans ça a duré. En 1880 la canne remplace le chapeau. L'hiver canadien est rude. Les glaces envahissent peu à peu le fleuve Saint Laurent, et durant quelques semaines, la navigation est empêchée par les glaces. Une longue attente débute, se terminant au printemps, avec l'arrivée du premier navire océanique accostant à Montréal. Le capitaine de ce navire, l'heureux gagnant du trophée, se voit remettre la fameuse canne à pommeau d'or. Un joli travail d'artisan, ciselé, et aux armes de la ville. Aujourd'hui, la forte présence des brises glaces permet un trafic tout l'hiver sur l'embouchure du grand fleuve, aux cargos renforcés pour la navigation dans les glaces..Vive la navigation québécoise libre! Aussi, le règlement de la compétition a changé. On fait la fête au capitaine du navire arrivé le premier, le premier jour de l'an neuf. Il n'est pas rare d'assister à de véritables courses, à trois ou quatre cargos. Ce trophée est envié. Des navires français, il y en a toujours eu dans ces parages. Pendant la grande guerre une bonne trentaine de cargos, construits dans les chantiers canadiens ou achetés de seconde main, traversent l'Atlantique pour rallier l'Europe en guerre. Parmi eux, une dizaine reviendra, rendu à leurs armateurs d'origine. On ne sait pas s'ils concoururent ! Plus tard, des lignes régulières entre la France et les grands lacs s'ouvrent. Fabre met en ligne les Marquette et Joliette, la Transat les Ville de Montréal et Ville de Québec, ces quatre navires aux dimensions des écluses de la voie maritime de l'époque. Mais les USA et le Canada voient plus grands et les très gros navires venant d'Europe avec du fer, repartent avec du grain. L'Union Industrielle et Maritime de Monsieur Cangardel fait construire les Catherine Melusine et Christine de 10 à 12 000 tpl, puis les grands Eglantine et Hermine, aux nouvelles limites des écluses, suivi des Amandine, Roseline et ceux de la Nantaise et du pool Unitramp.Une noria régulière de navires au pavillon tricolore, le vrai, pas celui des pingouins..qui deviennent des habitués et figurent parmi les plus gros en transit sur le Saint Laurence Seaway. Aujourd'hui, il n'existe plus de lignes régulières entre la France et le Québec. Mais ce qu'il y a de plus triste encore, c'est que jamais aucun capitaine français ne reçut la canne aux pommeau d'or! Le Maître du port de Montréal est formel. Pas tout a fait. Je connais un Capitaine, commandant un petit caboteur de Marseille, qui traversa l'Atlantique avec difficulté, et passa le premier à Montréal. Après une course poursuite dans le Saint Laurent qui fut épique. Je crois qu'il s'appelait Jo Gaillard. ou Bernard Fresson, son cuisinier était le fils d'Albert Préjean, Patrick. Je crois que le navire s'appelait le Marie Aude. C'était pour une belle série de la télévision française, une des rares consacrée à la marine marchande, dans les années 70. Nous sommes donc vengés. Tant mieux. Nous avons eu la canne au pommeau d'or! Au moins une fois, même si ce n'était pas pour de vrai ! Bon vent au Québec, bon vent à tous et à la semaine prochaine pour les récompenses de l'année, distribuées par la "Marine-marchande.com académie". Autant vous le dire tout de suite, il n'y aura pas de canne au pommeau d'or parmi les trophées, c'est réservé, et il parait que ça coûte les yeux de la tête.....Un haut de forme alors, on verra.
©2002 - Jérôme Billard (reproduction interdite)
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