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La rubrique de Jérôme Billard Le mercredi 29 janvier 2003 Jérôme Billard, ancien navigant de la marine-marchande, est passionné par l'histoire de la flotte de commerce et de ses navires. Photographe, il collabore à de nombreux ouvrages consacrés à ce thème.
"Ne dites pas à ma mère que je suis commandant de pétrolier simple coque, elle me croit pianiste dans un bordel flottant."
La sécurité à l'intérieur du terminal pétrolier du Havre, la CIM, est omniprésente. Défense de fumer, de photographier avec un flash, de porter des chaussures avec fer ou clous, de se servir de son téléphone portable, bref toute possibilité d'étincelle est par le règlement réduite. Plusieurs pétroliers sont en déchargement de brut, quelques uns chargent des produits raffinés, ou du fuel lourd. Tout à fait au bout du terminal, presque au niveau de la digue sud, le poste trois, avec un pétrolier à simple coque qui charge pour Ambés. Simple coque, vous vous rendez compte! Un simple coque construit au Japon en 1982, qui aura 21 ans bientôt. Un banni des mers, un banni du président de la république. Il n'y a même pas cinq ans, personne ne précisait si un pétrolier était construit avec une coque simple ou une double! Personne. De l'extérieur, pas facile pour un journaliste de repérer un simple coque. Mais si, la rouille. Ben voyons. Un double coque possède un franc bord plus important, c'est pourtant simple. Au poste trois de la CIM, le Port Bara a belle allure. Une coque simple, mais d'un bleu immaculée, un beau château arrière à six niveaux au dessus du pont principal, un moteur diesel de 8.000 chevaux, sans réducteur, deux pompes de 1.500 tonnes heure. Un propulseur d'étrave, excusez du peu ! Une cheminée très haute aux couleurs du groupe Brostrom Tankers, dont la filiale française est l'héritière de Soflumar, termine de lui claquer une belle ligne Le Commandant voulait depuis longtemps que je vienne voir ce que 20 ans d'entretien régulier, 20 ans de travail par des professionnels, 20 ans d'entretien courant par des équipages motivés, pouvaient donner au bout du compte. J'ai vu, et vous allez voir par quelques photos, prises sans flash, comme le veut le sévère et appliqué règlement. Je grimpe par une passerelle à pic, le navire est haut sur l'eau. Si vous ne faites pas attention à la descente, c'est le plongeon assuré dans les bassins de la Cim. Un matelot et un officier Philippin m'accueillent dans un anglais impeccable et me préviennent que je vais attendre un peu le commandant, très occupé par une inspection du bureau véritas et une inspection d'un inspecteur de la navigation. Il m'avait prévenu, les escales d'un simple coque pour l'équipage, ce ne sont plus que des inspections. Que des inspections. C'est à se demander pourquoi certains navires passent à travers les mailles d'un tel filet ! Tout le monde est là. Le capitaine, le second, le chef mécanicien, le bosco, chacun répond aux questions, montrent, démontrent, présentent les registres, les diplômes, les livrets maritimes, les certificats de navigation. Pendant ce temps, un autre inspecteur procède aux essais de mise à l'eau du canot bâbord, avec mise en route du moteur. Tout se passe à merveille. C'est bien la troisième fois ce mois ci. J'ai visité moi aussi le pétrolier de fond en comble avec le commandant. Une inspection sympathique pour "Marine Marchande.com". Dernier arrêt technique, avec passage en cale sèche il y a 6 mois. Peinture de coque, revêtement de citerne, épaisseur des tôles, un gros chantier habituel, une grosse somme d'argent versée par l'armateur. Et après, l'entretien par le bord. Résultats: pas une trace de rouille sur la coque, pas une trace sur le pont, pas une trace sur le château, pas une trace sur les vannes, sur les tuyauteries complexes et nombreuses. Incroyable. Les aussières en bon état, les deux amarres du feu, neuves, le moteur brillant ou d'un beau vert récent. Les pompes de la chambre des pompes, endroit névralgique ou tout peut arriver, sont contemporaines du navire. Celle à ballast fonctionne en ce moment. Sans un bruit, sans une seule vibration. Dans la timonerie, tout est clean, tout fonctionne, les locaux sont comme neufs. Une cabine seulement est un peu triste, celle du radio. Tous les appareils du local sont démontés depuis longtemps. Elle sert pour les relèves d'équipage, comme la salle à manger du commandant ne sert plus que comme salle de réunion pour recevoir les inspecteurs, les agents. Dans le bureau du commandant, une belle bibliothèque avec plusieurs dizaines de volumes de règlement compagnie, de règlements internationaux, de conventions, de plans de sécurités de codes ISM, et tout ce que je n'ai pas vu, sur la table, dans la cabine du commandant, dans la salle de chargement. Hallucinant. Quand vers midi, les inspecteurs sont partis manger chez eux, mon ami et moi en avons profité pour visiter le navire tranquillement, en parlant. On en a oublié de manger ! Durant cette visite on a fait le tour de la situation actuelle. A suivre......... Bon vent et à la semaine prochaine.
©2003 - Jérôme Billard (reproduction interdite)
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