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La rubrique de Jérôme Billard
Le mercredi 19 février 2003 Jérôme Billard, ancien navigant de la marine-marchande, est passionné par l'histoire de la flotte de commerce et de ses navires. Photographe, il collabore à de nombreux ouvrages consacrés à ce thème.
"Un scénario cata, grave"
Un de mes amis, qui gravite dans le milieu de la commission d'avance sur recettes, m'a fait lire un morceau de scénario de film. Le héros est un marin, natif d'un des pays le plus pauvre du monde, du coté du golfe du Bengale. Pour embarquer, il réunit, grâce à sa famille, une forte somme, environ 4.000 dollars US, qu'il donne à un marchand d'hommes, ayant pignon sur rue. On lui trouve un embarquement comme marin. On lui promet même un avancement rapide, car sa famille, par l'intermédiaire d'un vieil oncle de 70 ans, en escale à Panama, lui a déniché un brevet d'officier, pour 1500 dollars, une aubaine. Le voilà parti sur les mers. Son cargo est pourri jusqu'à la moelle, les sanitaires ne fonctionnent plus depuis longtemps, il pleut dans la cuisine, mais la nourriture est fraîche. Une pomme toutes les douze heures! Ce jeune marin bien renseigné connaît son salaire. L'organisation mondiale du travail recommande 465 dollars par mois. Il travaille dur, 16 heures par jour, mais le capitaine ne frappe pas ses hommes. Il est content. Un embarquement d'une année, sans congé, sans samedi, sans dimanche, puis le retour au pays, d'un port incertain. Dans le scénario, l'armateur paye les douze mois, et donne les 5.580 dollars. Bénéfice de 1.580 dollars! moins le billet d'avion. Le jeune marin revient chez lui avec 1.000 dollars, ce qui représente 6 ans de salaire moyen. Etc., etc. Les lecteurs n'en croyaient pas leurs yeux! Non, ce n'est pas possible, c'est trop romancé, trop cafard. Franchement, vous vous moquez de nous ? L'auteur se défend comme un diable et jure qu'il a fait une enquête sur le web, que c'est comme ça que ça se passe dans la marine marchande. Tous les sites des associations spécialisées à qui il s'adresse lui confirment. Sur les grands paquebots, il est courant de voir des marins se faire torturer, et je ne parle pas des pétroliers qui se brisent pour un oui ou pour un non. C'est un beau sujet de film ! Il faut l'aider, on ne peut pas être si insensible ! Ce sujet colle à l'actualité ! Les membres de la commission vacillent et signent l'autorisation d'avance. Les repérages commencent, mais il devient vite évident qu'il sera difficile de trouver un cargo. Ils ne restent pas longtemps dans les ports. Alors, l'assistant contacte les associations pour qu'elles lui dénichent un de ces rafiots abandonnés qui pullulent dans les darses. On en trouve deux. Avec grande difficulté, j'aime à le préciser.. L'accord n'est pas possible car les militants à la lorgnette grossissante 10 000 fois, bloquée dans la direction misère à tout prix, exigent de participer à l'écriture de l'histoire. Les tourments ne cesseront que lorsque l'artiste, exténué et dégoutté abandonnera son projet. Aux dernières nouvelles il essaierait d'avoir de grands acteurs pour jouer le rôle de marins qui se révoltent, entraînant avec eux des milliers d'officiers, en route pour Bruxelles, afin de demander la libération des 63 capitaines de pétroliers encore dans les geôles européennes, suite à des pollutions! La force, pas la caution, dont le total dépasse les 189 millions d'euros. Mais la science fiction n'est plus à la mode! A l'avance sur recettes, ils ont refusé le projet. Ils disent qu'il n'est pas porteur. Ils ont peur de pleurer façon sans famille de l'ami Hector!. Si vous voulez faire du maritime, trouvez nous plutôt une belle histoire d'amour sur un paquebot avec un peu de cul ! Mais ne le faites pas couler, c'est trop cher ! C'est bientôt la guerre, ne l'oubliez pas. Et si tout ça, ce n'était que du cinéma ! J'en ai bien peur. Hélas pour nous tous. C'est fatiguant de toujours naviguer à contre courant!
©2003 - Jérôme Billard (reproduction interdite)
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