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La rubrique de Jérôme Billard Le mercredi 28 mai 2003 Jérôme Billard, ancien navigant de la marine-marchande, est passionné par l'histoire de la flotte de commerce et de ses navires. Photographe, il collabore à de nombreux ouvrages consacrés à ce thème.
"Que reste t'il de nos amours"
Le Queen Mary partira en novembre 2003. La presse saluera l'événement, avec chaleur. D'ici là, quelques chalutiers couleront, abordés par des cargos à la veille déplorable. D'autres navires se casseront en deux, laissant échapper de leur citernes des galettes qui ne sont pas "de Pont Aven", mais finiront par y arriver en remontant le courant... Des marins vont mourir dans le plus strict anonymat, en mer, pendant une tempête, et des capitaines seront jetés en prison pour 81 jours, record à battre. Port 2000 sera achevé sous peu, avec quelques années de retard, et la justice traitera du problème de la godaille des marins pécheurs, sur lesquels il existe de grandes chances que les médias tirent à vue. Même les associations écologiques semblent déserter le maritime. C'est un comble. Et si finalement tout le monde s'en foutait des galettes de fuel, des articles de presse sur les foutus dégazages qui n'en sont pas, on se tue à leur dire. Pendant que je procède à mon tri sélectif d'ordures, avec beaucoup de mal, je regarde passer les fumées des cheminées. Pendant que je regarde la télé, je vois des plages propres sur des dizaines de kilomètres. Pendant que je mange du poisson pour soutenir les péchous, ils vendent des tonnes et des tonnes de godaille au black. Pendant que je lis la presse, les insultes des américains à notre égard fusent de toute part. Je connais des gens qui ne sont jamais venus à la mer. Pendant les sports d'hiver, j'oublie les galettes.Vivement l'hiver! Mais ils nous ont tellement donné de leçons! Ils nous ont fait tellement culpabiliser. Le sujet n'est plus porteur, il faut aller plus loin. Et si on faisait de la politique ? Ca c'est bien la politique, et puis y en a marre des marées noires, des marins abandonnés, des pauvres types qui refilent 10.000 dollars pour embarquer sur des poubelles à cent sous de l'heure. Je me demande encore comment ils peuvent nous croire. Les gars, c'est ringard tout cela. Fini, passons à autre chose. Y'a overdose ! J'en ai rien à faire des plages à galettes, je n'y vais jamais.. Et puis, si j'y vais, c'est pour un mois maxi. Enfin, c'était avant, car depuis belle lurette c'est trop cher. Le repas pas très bon, hors de prix, la petite location minable, hors de prix, le parking payant comme chez les gens de la ville, les souvenirs à pleurer, l'accueil à revoir, les petites mesquineries. Vivement la campagne.Je n'aime plus les galettes. Les plaintes, comme tout commerçant qui se respecte, s'enregistrent officiellement ! Bonjour Fipol, t'as pas cent balles ? Et toujours les associations de défense qui hurlent au massacre. Ils ont fait du mal tous ces donneurs de leçons ! La bonne nouvelle, c'est donc qu'ils s'épuisent. Ils s'épuisent. Est ce donc qu'on les aurait vaincu ? Comme le Norway, notre ex à tous qui brûle, qui tue, qui s'use et nous use. Qu'il est bon de mettre les voiles avec un petit vent régulier et confortable. Finalement tout va bien, n'est ce pas monsieur l'armateur? Si, tout va bien, je vous assure, il suffit de crier, un peu, et de regarder vers le soleil. Bon, je vous laisse, j'ai un livre sur le feu.... Alors bon vent.
©2003 - Jérôme Billard (reproduction interdite)
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