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La rubrique de Jérôme Billard Le jeudi 16 novembre 2003 Jérôme Billard, ancien navigant de la marine-marchande, est passionné par l'histoire de la flotte de commerce et de ses navires. Photographe, il collabore à de nombreux ouvrages consacrés à ce thème.
"Deuil de toute une ville"
Sur les luttes ouvrières de cette ville, un cinéaste réalise un film avec des chansons comme paroles. Un film d'auteur comme ils disent. Un beau film. Saint-Nazaire est une belle ville. Reconstruite comme Le Havre, Lorient, Caen, Brest, et combien d'autres, massacrées par les bombardements de la dernière guerre, cette ville vit . Au bout de plusieurs rues pavillonnaires, la mer est là. Comme dans une île grecque. Au bout des rues bordées d'immeubles de la reconstruction, le port est là. Avec sa gigantesque base sous-marine. Mais pas seulement. Saint-Nazaire respire et gronde par son chantier. Saint-Nazaire, c'est le chantier naval. Pour tous, d'ici ou d'ailleurs, le beau nom de cette affaire, encore utilisé, c'est les Chantiers de l'Atlantique. Les seuls encore debout, les seuls avec une histoire si riche, les seules capables de faire encore rêver. Les gros navires en finition, on peut les apercevoir, au travers des palissades ou des clôtures. Ils sont tellement gigantesques, qu'ils dépassent sans problème. Quand ils sortent en mer, tout Saint-Nazaire se retrouve aux bonnes places. Avec quelques amis de Marine-marchande.com, nous avions eu la grande chance de pouvoir visiter les Chantiers de l'Atlantique. Nous avions eu la chance de pouvoir admirer le grand paquebot en construction pour la Cunard. J'attendais ce moment depuis que j'avais pu apercevoir en 1976, le Batillus, dans la brume, dans sa grande forme. Plus de 350.000 personnes sont venues en un an visiter le chantier. Des curieux, des membres de la grande famille des ouvriers et des ingénieurs des chantiers, des sociétés sous traitantes, des rares habitants de Saint- Nazaire ne connaissant personne aux chantiers, et d'autres, de partout.. Les chantiers avaient ouvert les portes. Une bonne décision, pour aider à soutenir l'ensemble, avec les difficultés actuelles dues à l'absence de commandes de paquebots. Une sage décision que peu d'industriels prennent. Quand on n'a pas le public avec soi, on est mort! C'est peu de dire que les chantiers sont soutenus par leur ville et par les habitants, par les bretons, et par plein de gens. C'est le dernier après tout. Et tant mieux. Hier, le 15 novembre, un drame horrible, dans l'enceinte des chantiers, enlève la vie à 15 visiteurs enthousiastes, blesse gravement, plusieurs dizaines d'autres et plonge dans la peine tous les proches, les nazairiens, les bretons, les marins et beaucoup, beaucoup de monde, de partout. Le président vient tout à l'heure s'incliner devant les victimes et la peine inouï de leurs familles. Ici, en ce dimanche pluvieux et triste, nous y pensons très fort. Et quand le grand bateau, qui n'y est pour rien, partira, nous irons le saluer aussi, comme prévu.
©2003 - Jérôme Billard (reproduction interdite)
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