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La rubrique de Jérôme Billard Le mercredi 10 avril 2006 Jérôme Billard, ancien navigant de la marine-marchande, est passionné par l'histoire de la flotte de commerce et de ses navires. Photographe, il collabore à de nombreux ouvrages consacrés à ce thème.
Le bateau rouge on the river Seine
En ce premier avril, les rives de la Seine restent désertées. Les giboulées sont là! La grande bibliothèque touche le ciel gris et les livres enfermés ne sont pas de sortie. D'ailleurs, ils ne sortent jamais. Seuls quelques savants, habitués des lieux, les touchent dans leurs mains. Sur le quai, un navire rouge couvert de plantes vertes est amarré. Sa plaque de chantier a disparu au profit d'une autre, provenant du ministère des finances, situé sur l'autre rive. Sur cette plaque, il est inscrit " licence IV ". Ce navire rouge est aujourd'hui le seul navire de mer en escale à Paris. Avant lui le Belem était venu et le Nomadic avait pourri des années. Un remorqueur de Nantes attendaient des clients, un peu plus loin, vers Boulogne. Le bateau rouge est le seul mais il sent bon la mer. La mer d'Ireland, il me faut vous le préciser. Construit à Dartmouth, lancé le 24 mai 1955, il fut un des derniers light ship mis en service. De 1955 à 1975, ce bateau feu de 41 mètres, déplaçant 345 tonnes, éclairait les approches des cotes irlandaises. Vendu en 1975 au port de New Ross, il devient un dépôt de fuel et sert de logement pour les pilotes jusque vers 1998. Arrivé à la remorque à Paris en 1998, il devient une discothèque et un endroit très à la mode. Les riverains aimeraient bien qu'il s'éloigne, le bruit de sa musique n'ayant rien à envier à son ancienne corne de brume! Devenu une attraction pour les promeneurs de ce quartier en pleine rénovation, rien n'est disponible pour rappeler son histoire. C'est pourquoi, je vous en donne quelques détails. Un bateau feu c'est une rareté en France, il en existe cinq, uniquement cinq et pas tous dans un bon état. A Dunkerque, vous pouvez visiter Le Sandettie, au Havre, un bateau feu, ancien restaurant, le Fyrskepp, ne se visite pas et finira mal et l'ancien bateau feu du Havre, le Havre III, se visitera bientôt, après des années d'abandon. A Douarnenez le Scarweather attend les visiteurs et à Paris, le Batofar donne des concerts new age. Finalement, le Osprey, devenu Batofar est un bien beau bateau feu, bien dans son écrin, coincé entre les quatre tours livre ouvert et Bercy et le palais omnisport. Tout le monde le regarde le soir, quand du pont de Tolbiac, son feu vous attire vers les bières promises. Pour vous prouver qu'il ne s'agit pas d'un poisson presque mort de Seine d'avril, en descendant l'ascenseur de marine marchande point com, vous pourrez l'admirer. Il est moins moderne que sa musique, d'accord, mais il est si beau. Il reçoit beaucoup de monde à son bord, beaucoup et tous les soirs. Parfois, le jour de la Saint Patrick, et avant et après, une musique plus nostalgique s'échappe de sa coque rivetée. Une musique lui rappelant les cotes Est de l'Ireland de son jeune temps où il brillait de tout son feu. Il ne bouge pas plus qu'avant et termine bien sa vie de light ship comme navire rouge à musique pas si light que cela. Bon vent et ce soir encore, que personne ne s'inquiète, ils vont une fois de plus allumer le feu !
©2006 - Jérôme Billard (reproduction interdite)
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