Homme libre toujours tu chériras la Mer

 

 

La rubrique de Jérôme Billard

Le mercredi 12 août 2007

Jérôme Billard, ancien navigant de la marine-marchande, est passionné par l'histoire de la flotte de commerce et de ses navires. Photographe, il collabore à de nombreux ouvrages consacrés à ce thème.

 

S/S FRANCE 1960 - 2007

 

Le paquebot France va donc rejoindre une plage polluée et subir l'assaut des démolisseurs en guenilles. Il ne pourra pas s'y échouer à pleine vitesse, sirène bloquée, quel dommage, une dernière farce qu'on lui refuse. Nous avons rapatrié le Clémenceau et pour un peu, le France serait bien revenu chez nous.

Notre pavillon tricolore ne flotte plus à son bord depuis 1979. Il était désarmé au Havre, son port d'attache, depuis 1974 et c'est un jeune président, fraîchement élu, qui signa son arrêt de mort. C'est comme si notre mémoire s'en fichait pas mal. Ce président est un vieux Monsieur et le France n'a pas d'age.

A bord, 900 tonnes d'amiante ne demandent qu'à abîmer les poumons. Il s'appelle Blue Lady, son nouveau port d'attache est totalement inconnu. Il aurait pu venir en Normandie! Il va être dépecé avec retard.

Alors, ce qui reste d'acceptable va subir le feu des enchères. Chacun voudra acquérir un petit morceau du France. J'aimerais bien avoir un bout de tôle pas trop lourd, discret..

On s'étonne que ce navire reste un symbole. Sa conception, sa naissance, son lancement collent à l'histoire. Un dernier rêve de nos gouvernants titubants sous l'empire s'écroulant. Sa mise en service a lieu sous les rires de Mr Douglas et de Mr Boeing et autres Convair.

On peut dater le début de la fin des haricots de notre marine marchande à son arrêt en 1974, abandonné par tous, en commençant par les marins eux mêmes, ceux qui n'étaient pas sur son rôle.

France le mal aimé. On sait qu'il eut une carrière plus longue encore sous pavillon norvégien, que l'argent coulait à flot pour son armateur et que plus ça allait, plus on lui ajoutait des ponts honteux lui bouffant les cheminées par la base. Ses cheminées que nul rond- point n'invitera et heureusement.

Bref, le France, c'est loin et bien compliqué. Et pourtant, je jure que j'ai vu pleurer des milliers de havrais à la pointe de Floride ce jour de septembre 1996, pour son grand retour, 22 années après son abandon au quai de l'oubli.

L'oubli? Impossible, c'était notre miroir, imposant une grandeur passée à nos yeux de gamin. Notre miroir à regrets. Un miroir déformé, teinté de bleu et couvert du sel des larmes déposé par un pays largement handicapé par son tirant d'histoire.

Le gamin avait bien changé. France, construction décidée en 1956, lancé en 1960, mis en service en 1962, désarmé en 1974, vendu en 1979, devient Norway, désarmé en mai 2003 à Miami suite à une explosion meurtrière dans la salle des machines, il sera remorqué en Allemagne. Il y restera en attente de vente jusqu'en mai 2005.

Il arrive en Asie et finalement croupit des mois sous le nom de Blue Lady. Aujourd'hui, il va vraiment disparaître. Alors, pour tout ce qu'il représente de bien ou de mal, je vous le confesse, je voudrais bien un morceau de sa coque, un morceau de tôle des fonds, bien épaisse. Juste pour le plaisir. Car c'est impensable, le France, on ne peut pas le quitter comme ça.

Histoire tragique et si romantique, on se sent fan, complètement fan. Un petit morceau de l'idole, juste un petit morceau, terrible et nécessaire. Nous n'avons pas fini d'écrire sur ce navire et sur l'incohérence de notre attachement. Le France n'a pas d'age, c'est un gamin, comme nous. Maintenant que l'ex n'est plus, on va pouvoir passer à autre chose! Il était sûrement temps.

Pas si sûr.

Bon vent - Jêrome Billard

 

 

 

 

jbillard@club-internet.fr

 

©2006 - Jérôme Billard (reproduction interdite)

 

 

 

La Mar Mar, la marine marchande française de 1914 à nos jours.

 

 

LES ARCHIVES

 

 

 

 

Tankers - navires citernes de Chez nous

 

 

 

 

 


Site Meter