Au Bangladesh, l'industrie navale en plein boom grâce à la récession
CHITTAGONG (Bangladesh), 14 oct 2009 (AFP) - Quand Abdul Karim a perdu son travail dans la construction navale à Singapour à cause de la récession économique, il ne pensait vraiment pas trouver le même emploi en rentrant chez lui, au Bangladesh, l'un des pays les plus pauvres au monde.
Et pourtant : comme des dizaines d'autres ouvriers revenus de l'étranger, il rentre six mois plus tard dans un pays où l'industrie navale est en plein boom. Et même avec un salaire inférieur de 40% (300 dollars par mois), cet homme de 35 ans se réjouit de retrouver sa famille.
Le Bangladesh, auquel l'on faisait d'ordinaire appel pour le démantèlement des vieux navires, accueille maintenant des chantiers de contruction et selon les experts, cette industrie, plus sûre et moins nocive pour l'environnement, pourrait créer des centaines de milliers d'emplois.
"L'industrie textile au Bangladesh a explosé parce que c'était l'endroit le moins cher au monde pour fabriquer des vêtements. C'est la même chose pour les bateaux", analyse Sakhawat Hossain, directeur de Western Marine, l'une des principales entreprises de contruction du pays.
Selon lui, le pays attire les Européens en raison des coûts beaucoup plus élevés ailleurs. "S'il se crée de nouveau chantiers, on pourrait atteindre des commandes d'un milliard de dollars d'ici 2015", espère-t-il.
Son entreprise, spécialisée dans la construction de ferries pour la navigation côtière, s'est lancée dans les bateaux de haute mer il y a trois ans et son carnet de commandes, pour la Norvège, le Danemark et l'Allemagne, court jusqu'en 2012.
Un employé sur quatre parmi les 1.600 ouvriers de Western Marine est récemment rentré de l'étranger après avoir perdu son emploi dans la construction navale, à cause de la récession qui a stoppé les commandes.
D'ici quelques mois, le directeur compte embaucher 2.500 soudeurs, électriciens et contremaîtres. "Les licenciements dans les autres pays sont une chance pour nous. C'est du gagnant-gagnant : on profite de leur savoir acquis à l'étranger et ils ont un salaire décent dans leur pays", estime M.
Hossain.
Western Marine et Ananda --l'autre principale entreprise navale du
Bangladesh-- ont signé voici deux ans des contrats pour la construction de 50 navires pour un montant de 600 millions de dollars.
Si cette tendance se confirme, le pays, fort d'une longue tradition navale en raison de son delta, pourrait devenir l'un des pays phares pour l'industrie mondiale.
"Nous avons la construction navale dans le sang. On construit des bateaux depuis des siècles et des dizaines de milliers d'ouvriers de chez nous travaillent dans des chantiers navals dans toute l'Asie", rappelle Khabirul Haque Chowdhury, un professeur d'ingénierie à l'université du Bangladesh.
Selon le coordinateur de la mission économique de l'Ambassade du Danemark à Dacca, Morten Lynge, 55% des petits navires du monde ont plus de vingt ans.
"Cela signifie qu'il faudra les remplacer d'ici quelques années et je pense que le Bangladesh en sera le plus grand bénéficiaire", analyse-t-il.
Le patron d'Ananda, Abdullahel Bari, estime cependant que le gouvernement devra investir dans les infrastructures de gaz et d'électricité pour que les opportunités puissent vraiment se concrétiser.
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