Karachi/vente de sous-marins : des intermédiaires "imposés" par le pouvoir, selon un témoin
PARIS, 2 juil 2009 (AFP) - Un ancien responsable de la DCN a confié à l'un
des juges enquêtant sur l'attentat de Karachi que les intermédiaires
intervenus dans la vente de sous-marins au Pakistan en 1994 avaient été
"imposés par le pouvoir politique" de l'époque, ce qui n'est pas illégal,
selon des documents consultés par l'AFP.
"Il est parfaitement exact que Ziad Takieddine a été imposé à la DCNI
(branche internationale de la Direction des constructions navales, ndlr) par
le pouvoir politique ainsi qu'Abdulrahman El Assir", a déclaré l'ancien
directeur administratif et financier de DCNI, Gérard-Philippe Ménayas, au
cours de son audition le 14 mai par le juge Marc Trévidic chargé de l'enquête
sur la mort de 14 personnes dont 11 salariés de la DCN le 8 mai 2002.
"Quand je parle de pouvoir politique, c'est le ministre de la Défense
(François Léotard, ndlr) ou son cabinet", ajoute-t-il dans sa déposition que
l'AFP a pu consulter et dont le site Mediapart fait état.
"Je sais qu'El Assir et Ziad voulaient intervenir dans les contrats
saoudiens (autres contrats conclus par la DCN, ndlr) mais en 1996 ils ont été
écartés par le nouveau gouvernement, étant donné leur proximité avec
l'ancien", détaille également M. Ménayas.
Selon lui, "c'est Renaud Donnedieu de Vabres (à l'époque chargé de mission
auprès de François Léotard, ndlr) qui a présenté El Assir à Emmanuel Aris et
Dominique Castellan", deux responsables de la DCNI.
MM. Léotard et Donnedieu de Vabres n'ont pas pu être joints jeudi par l'AFP.
Les juges antiterroristes considèrent avec intérêt la piste d'un règlement
de comptes entre le Pakistan et la France, dont l'origine pourrait être
l'arrêt du versement de commissions.
Des intermédiaires disposant de relations dans le pays client sont
fréquemment utilisés à l'occasion de contrats portant sur des ventes d'armes.
Ils perçoivent en échange de leur lobbying des commissions, dénommées "frais
commerciaux export (FCE)". S'agissant d'une entreprise publique comme la DCN à
l'époque, rien n'interdit au pouvoir de choisir ces intermédiaires.
(Copyright AFP)