Monaco reste le seul à bord pour la défense du thon rouge auprès de l'ONU
PARIS, 15 oct 2009 (AFP) - Après la défection de la France, la principauté de Monaco restait seule à bord, jeudi, pour défendre le thon rouge, prisé des amateurs de sushis, et pour réclamer à l'ONU l'arrêt de son commerce international.
Selon le secrétariat de la CITES, la Convention de l'ONU sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction, aucun pays n'a co-parrainé la proposition monégasque, ni déposé de projet concurrent. Le délai pour le faire expirait mercredi à minuit (02H00 GMT).
Seul Monaco a proposé en juillet l'inscription du thon rouge sur la liste des espèces les plus menacées.
Ceci signifierait l'interdiction totale de sa commercialisation internationale, en arguant de la disparition des deux tiers des stocks en Méditerranée, entre 1957 et 2007 et de 82% en Atlantique ouest entre 1970 et 2007.
Le thon rouge de Méditerranée est particulièrement prisé sur le marché japonais pour la fabrication des sushis.
Le président français Nicolas Sarkozy avait annoncé en juillet, au nom du "respect des avis scientifiques rendus", que la France soutiendrait "l'inscription du thon rouge à l'annexe de la Convention internationale sur les espèces sauvages, pour en interdire le commerce".
Cette annonce, reconnaît une source gouvernementale, "renvoyait" à l'Annexe
1 de la Convention, qui signifie une interdiction totale du commerce international.
Mais depuis, Paris a sollicité un nouvel avis, modifié sa position et ne réclamait plus qu'une inscription à l'Annexe 2 de la CITES - soit une pêche limitée par des quotas.
"L'avis scientifique rendu en août estimait qu'il n'y avait pas de critères requis pour une inscription à l'Annexe 1", explique-t-on au ministère du développement durable. "La France a proposé fin août à Bruxelles d'appuyer un moratoire de deux ans".
Mais la Commission européenne ne s'est pas non plus manifestée auprès de la CITES.
En septembre, la Commission avait soumis une proposition aux 27 Etats membres sur l'interdiction de la pêche au thon qui l'avaient repoussée; tous les pays riverains de la Méditerranée - dont la France, l'Espagne et l'Italie, les principaux pêcheurs - s'étaient prononcés contre.
La France, explique-t-on désormais, a décidé de miser sur l'ICCAT, la Commission internationale pour la conservation du thon en Atlantique, qui se réunira en novembre à Recife (Brésil).
"Suite aux avis scientifiques rendus, l'ICCAT aura une très forte pression sur les épaules", assure le ministère. "On attend des TAC (taux autorisés de
captures) très faibles, voire de zéro, pour un an ou deux; ce qui équivaudrait à un moratoire".
Pour Stéphan Baucher, chargé des pêches à Greenpeace, "on a encore une fois eu droit à de grands effets d'annonce... puis l'administration s'est mise en marche". Selon lui, "le lobby de la pêche est allé voir qui il fallait".
Au WWF, Charles Braine se dit également intrigué: "La position française était claire et limpide en juillet: pourquoi avoir demandé un nouvel avis aux scientifiques entre-temps?".
Il attend lui aussi désormais avec intérêt la décision de l'ICCAT, confrontée depuis de nombreuses années à des prises illégales de thons, bien au-delà des quotas autorisés.
Dans sa proposition déposée à la CITES fin juillet, Monaco estime que "le statut des populations de cette espèce a dépassé le point où son inscription en Annexe II pourrait suffire. Une inscription de toute l'espèce en Annexe I
(...) est à ce stade malheureusement devenue nécessaire".
(Copyright AFP)