L'UE penche pour une interdiction de la pêche industrielle au thon rouge
BRUXELLES, 5 mars 2010 (AFP) - Les pays de l'Union européenne sont proches d'un accord visant à demander l'interdiction de la pêche industrielle au thon rouge au niveau international, afin de protéger cette espèce très appréciée des Japonais pour les sushis, a indiqué vendredi soir une source diplomatique.
"Une très, très grande majorité des Etats membres de l'UE sont en faveur"
d'une telle solution, qui permettrait en revanche à la pêche dite artisanale de se poursuivre, a indiqué cette source, à l'issue d'une réunion sur le sujet des représentants des 27 pays de l'UE à Bruxelles.
Cette interdiction ne serait pas immédiate. Elle interviendrait au plus tôt fin 2010 et au plus tard "d'ici à mai 2011", a précisé cette source diplomatique, parlant sous couvert de l'anonymat. Le principe de compensations financières pour les pêcheurs affectés a été également acté.
"Seuls quelques pays, l'Allemagne, la Pologne et les Pays-Bas ont encore des difficultés à accepter le principe d'un délai pour l'interdiction mais ils devraient au final se rallier à la position commune", selon la source diplomatique.
Les pays européens cherchent à adopter une position commune en vue de la prochaine réunion à Doha du 13 au 25 mars de la CITES, l'organisation de 175 membres affiliée à l'ONU chargée de la protection des espèces en danger.
La question d'une interdiction au niveau mondial du thon rouge y sera posée, ce qui constitue une première pour une espèce faisant l'objet d'une telle exploitation commerciale.
Une nouvelle réunion des représentants des pays de l'UE est prévue mercredi à Bruxelles pour finaliser la position européenne.
Concrètement, il s'agirait pour l'UE de demander l'interdiction du commerce international du thon rouge.
Cela reviendrait à interdire la pêche industrielle de cette espèce en danger, réalisée par les thoniers senneurs, de grands navires utilisant des filets tournants. En France, ils réalisent à eux seuls 85% de la pêche au thon rouge, tournée surtout vers l'exportation.
La pêche artisanale, réalisée à la palangre ou à la canne notamment, pourrait continuer dans des zones bien délimitées.
La France, l'Italie, l'Espagne, la Grèce, principaux pays de pêche au thon rouge en Europe - en mer Méditerranée ou dans l'Océan Atlantique - sont désormais favorables à une interdiction de ce type.
Le principe du délai est souhaité car l'UE a demandé à l'automne 2010 à la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (CICTA), qui rassemble les Etats pêcheurs de thon rouge, de donner un avis scientifique sur la nécessité de fermer ou pas la pêche.
Les Etats-Unis ont d'ores et déjà annoncé mercredi qu'ils allaient réclamer une interdiction du commerce international lors de la conférence de Doha.
Comme pour l'UE, la pêche à destination de la consommation nationale serait préservée.
Mais les Japonais, qui consomment 80% des captures mondiales du thon rouge, ont promis de "tout faire" pour contrer une telle interdiction au sein de la CITES.
Le pays affirme qu'il y a des moyens moins radicaux pour préserver les stocks de ce thonidé, dont la chair est très appréciée consommée crue, en sashimi, ou accommodée en sushi
En un demi-siècle, de 1957 à 2007, les stocks de thon rouge ont baissé de 75%, et de plus de 60% au cours des dix dernières années, selon les défenseurs de l'environnement.
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