C'est dimanche, la frontière franco belge à 17h est un
néant sous la pluie chaude de fin d'été. Malgré les 68%
d'humidité le soleil passe entre les gouttes, c'est bon
signe me dit la petite voix intèrieure...
Plus loin, plus tard, un unique panneau bleu aux étoiles
dorées annonce clairement Nedeerland. A présent Rotterdam
s'affiche au rythme des kilomètres avalés et la rêverie
m'emporte déjà très loin. Tout est nouveau et il est doux
de découvrir.
J'aime les premières fois. Plus loin, plus tard, le pont
Erasmus joue de sa géométrie invariable avec la faible
clarté qui enveloppe tout. Habituée aux extrèmes, que
j'aime ce moment de lumière précis, ce parfait et fragile
équilibre entre le jour tombant et la nuit à peine naissante,
éphémère joyau, cadeau du ciel dans les villes portuaires!
Et je sens, je sais, que le port est tout proche, je
trépigne en silence comme une enfant devant l'arbre de
Noêl. Ce n'est pas encore l'heure d'ouvrir les paquets.
Peut-on croire à ces hasards heureux? L'hôtel est
situé sur le quai du Haven Muséum et du Musée Maritime!
Pouvait-il en être autrement? Juste se pencher par la
fenêtre sur un remorqueur à vapeur, une coque verte en
pleine restauration, ou même l'ancien phare de Rotterdam,
une grue en bois, et à une encablure le bateau rouge,
le bateau feu, le bateau phare, symbole fort d'une marine
d'un temps révolu, mais ici, vivante.
Quel travail! quel bonheur! Il n'y a qu'à se laisser
faire doucement, observer, rencontrer, visiter les ateliers,
certainement d'anciens docks, utiles et magnifiquement
réhabilités, vitrés et transparents, se succèdant, s'offrant
à ceux qui errent.
Le bois, le fer, la mécanique, la peinture, l'histoire
du port et ces gens passionnés et passionnants, généreux
et réservés, mais tellement impliqués dans leur histoire
maritime, patrimoine unique.
Dans le calme bleu du Water Bar (où la salade indienne
rivalise avec les moules marinières de " La frite d'or"
au Havre) et au delà des larges baies vitrées, le pont
Erasmus appelle la mer d'un côté, et juste là devant mes
yeux boulimiques, une curiosité : le château de l'Esso
Port Jérôme parfaitement entretenu, soigneusement conservé
comme tous les bateaux du Haven Muséum, planté dans le
sol comme s'il était tombé du ciel et n'avait plus bougé
depuis!
Le parterre de pavés dessine son étrave, trop petite,
et un énorme bollard essaie de le retenir par la pointe
avant. Une pensée alors pour l'ami écrivain, le viking
qui ne navigue plus que pour le plaisir, mon complice
salé.
"La vie continuait. L'Esso Port
Jérôme continuait sa route, avec un marin en moins. Comme
c'était triste et anodin. Tout près et si douloureux.
Le silence devant la peine. Ils avaient cherché, le Cross
n'existait pas. C'est l'opérateur de Boulogne radio qui
donnait la position aux navires sur place, l'heure de
la disparition. Je ne devais pas être le seul à écouter..."
JB
Longue vie et bon vent au Haven Muséum.
Demain on ouvre les paquets!
VN