Que pensez-vous d' une petite aquarelle ou un nouveau dessin chaque semaine ?

Vivi Navarro - Artiste peintre

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Appel du large

Appel viscéral

La mer et le désert m'ont enfantée

Les Touaregs se repèrent aux amers, aux étoiles, comme les marins ils sont dignes et secrets, ils sont mes frères et je les aime. Sahara mon amour…

 

Et la mer roule toujours.. Suite..

14-08-2007 Jessica B Rotterdam, 16° temps clair, vent10 nœuds, force 3, petite brise, très petites vagues… Humidité 77% Impossible d'avaler la tortilla au Faro Andaluz. Les tripes tordues, l'estomac fermé, une joie à un degré d'excitation jamais atteint à la seule perspective de l'embarquement imminent.

Si ça n'est pas de l'amour, ça y ressemble. Vers 14h30 formalités en bonne et due forme au bureau de l'immigration avec la police portuaire…j'adore… J'observe un équipage philippin qui est passé au crible.

Les yeux des marins s'illuminent et des sourires complices s'échappent lorsqu'une jolie blonde lumineuse entre dans le bureau. Elle vient chercher l'équipage, le minibus du Seamen's Club les emportera vers les lumières de la ville pour une escale de qqs heures…

La mer devinée est déjà à la conquête de mon corps, mon cœur, mon esprit d'incorrigible rêveuse. Après vérification, j'apprends que notre porte conteneurs a changé de poste. Il est amarré dans le secteur Béatrixhaven, 238 RST N°2.

A la porte 2750 l'officier de port nous escortera jusqu'au bateau. Là il ne faut pas traîner, les grues s'activent comme les abeilles dans la ruche et rendent le quai dangereux.

Tout va très vite et je découvre le bateau par la poupe, pas le temps de savourer. J'accouche dans l'urgence et on enlève mon enfant avant même que je pose sur lui le regard amoureux de la découverte. Dommage… mais les hommes du port travaillent et il ne faut pas les gêner…

J'aurai le temps à bord de dévorer des yeux l'objet flottant désiré. La coupée danse sous mes pieds, je tremble et oublie d'en compter les marches. Je m'étais juré de le faire. Emue, signature du registre et cap au 4ème pont.

Le jeune Sam qui manifestement est venu au monde avec un très large sourire blanc portera les sacs, j'en suis gênée… Au fil des milles parcourus il sera notre rayon de soleil.. " Don't worry, he's very strong ! " me dit le marin qui nous a accueillis, et il a raison !

Notre cabine : cabine officier N° 702, spacieuse, au delà de mes espérances. Plus tard Yuri, le second capitaine, m'apprendra que nous logeons chez lui. 3 sabords ouverts sur le grand large, proue, bâbord et poupe. La cabine fait face à celle du capitaine qui m'accueille en simple courtoisie.

Dormir sous la passerelle ranime en moi l'Iroise fugitive à bord d'un bateau gris à la carène d'anguille. Une pensée pour le pacha L'immense Je l'embrasse

Déterminée à profiter de cette navigation sans perdre une seconde, je pose les jalons promptement et explique au capitaine le but de ce voyage. Travail. Cet homme discret presque timide que j'ai pris pour un simple passager semble curieux de cette intrusion féminine dans son univers.

Les sacs abandonnés, audace fascination et curiosité me conduisent déjà sur le pont arrière pour les premières prises de notes. Harnachée comme un reporter sans frontière sur le terrain, le ridicule ne tue pas, je fais alors connaissance avec le bosco : Eduardo dont la femme s'appelle aussi Vivi sera un allié de choix à bord et à terre… Le courant passe.

A 18h30 au dîner, je dévore lentement et avec gourmandise cette fois. Le chef mécanicien est allemand et il est l'archétype du chef mécanicien : un costaud à moustaches, tee-shirt limite propre, avec un appétit d'ogre et des difficultés à se déplacer entre les ponts. Mieux vaut ne pas le croiser dans les coursives.

Il nous confirme que l'escale à Dunkerque est annulée. Zut.. Nous ferons route droit sur Dublin dés demain… A 20h07 les lamaneurs larguent la pointe arrière pour un changement de poste vers le bassin Alexander Haven, G2793. L'ensemble du site regroupant les terminaux containers s'appelle EEMHAVEN m'explique le pilote, amateur de peinture, avec qui j'ai longuement discuté sur l'aileron bâbord.

Devant nous dans un silence éphémère, un joli porte conteneurs bleu glisse lentement à nous frôler et je le regarde avec envie. Son sillage dessine une rumeur qui se dissipe rapidement. C'est le Jessica B.

20h59, la passerelle s'éteint dans le calme. Un sabord entr'ouvert de notre carré laisse passer le tumulte monocorde des portiques qui ne dorment pas et qui déambulent dans les labyrinthes de légos comme de grands insectes perdus.

Les corps perçoivent à peine les vibrations de la machine au ralenti, les cales ouvrent des gueules béantes et c'est certain, le bateau ne s'endormira pas le ventre vide.

Je pressens une activité nocturne qui aiguise encore plus ma curiosité et esquisse une insomnie heureuse. Vers 22h sous mes yeux boulimiques et curieux les grues sèment le trouble dans la nuit en gavant la cale d'étrave de boîtes. A chacun des chocs caverneux et puissants remontant des profondeurs du bateau, la coque vibre, tressaille, gîte. La nuit sera particulière.

Météo bassin Mer du Nord, Humber, Tamise Secteur sud 5 à 6 fraîchissant 7 à 8 l'après midi puis virant sud ouest 6 à 7 la nuit. Fortes rafales. Mer agitée devenant forte, localement très forte sur le Nord. Même prévisions pour le Pas de Calais…

Le capitaine nous a conseillé de tout arrimer, " ça va bouger ", force 7 à 8 en prévisions. J'ai peur… Je sombrerai ce soir dans la nuit " porteuse de promesses d'appareillage.. "

Vivi Navarro

 

 

 

 

 

vivi.navarro@wanadoo.fr

 

www.vivi-navarro.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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