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8 juillet 2008 à bord de la Frégate Germinal
Quand l'ami webmaster, le Chevalier Bleu de
la Métropole Océane se fait poète et nous ravit, la mer
est enfin et déjà là !
Mon cœur se déchire entre Iroise et Méditerrané,
mon esprit vagabonde dans les coursives grises du Germinal,
instables. Latitude 43° 06' N Longitude 5° 54' E
Loin de Brest la frégate est amarrée dans
la base de Toulon à Milhaud, coin des plus reculés de l'arsenal.
Je la découvre par la poupe, le pacha m'attend au bastingage,
accueillant, silhouette familière, nous avons navigué ensemble
et partageons le plaisir des retrouvailles.
Toujours émue à la montée de la coupée. Ascension
vers des promesses de mer. La frégate joue dans la cour
des grands et se mesure aux fers à repasser Mistral et Tonnerre,
tu fais pas le poids ma petite face à ces bâtiments hors
normes. " Ça va bouger ! " me dit l'ami Pacha…
Aï ! J'aurais préféré la configuration golfe
de Syrte des jours précédents à tutoyer les pêcheurs de
mon Ile qui croisent loin de la ville " ..sous un soleil
écrasant, sans vent.. ".
J'aurais aimé me souvenir de son rivage, de
l'exil perceptible. " Ces heures de silencieuse contemplation
s'écoulaient comme des minutes. La mer s'assombrissait,
l'horizon se fermait dune légère brume. Je revenais au long
du chemin de ronde comme d'un secret rendez-vous. Derrière
la forteresse, les campagnes brûlées des Syrtes s'étendaient
déjà toutes grises.
" Je suis du sud merde… Une escapade chez
moi en Méditerranée, loin de la terre et de mon Ile Singulière,
loin de Brest, loin de mes quais amoureux, de mes entrepôts
rouillés fraîchement immaculés de blanc réglementaire pour
la grande fête des gréements, c'est la cerise sur le bateau.
Mais au quai de la Douane les choses changent, ça fait sale
des entrepôts tagués, des bons grapheurs je peux vous l'assurer,
ça fait pas net des entrepôts dont les strates d'affiches
étages par étages sont des trésors pour les artistes.
Brest 2008 accueille, propre, le Tour de France
est loin et la caravane passe… Alors pendant qu'Eric traque
de belles images festives sur mes quais amoureux là où finit
la terre, pendant que l'ami aux 5 galons panachés se fait
musicien pour la fête, le Germinal est sur la route du retour
et mon corps ne lutte plus devant les cadrans " vert technique
" dans l'antre de l'officier mécanicien.
Après un bon coup de gueule au zénith la Méditerranée
s'apaise doucement mais la frégate n'avance pas, quelques
nœuds au compteur, nous rentrerons tard à la base. Tant
mieux je savoure. Je me souviens des heures, des minutes,
déjà. Réminiscence… …
Une voix inonde le bord " Interdiction de
circuler sur les extérieurs " " Attention le bateau va rouler
" Tout vole à table, le pacha est furax et l'officier de
quart va se faire souffler dans les bronches. " Des coups
de roulis de ce genre, ça ne doit pas arriver, il doit changer
de cap, le but étant de ne rien casser dans le bateau !
".
Certes, le matin il a été bien difficile de
remplir le carnet sur le pont supérieur, comment donc envisager
de peindre à bord avec tout le foutoir de l'atelier que
ma technique demande?? Je préfère ne pas y penser…
Il est vraiment remonté le commandant et nous
mangerons le dessert sans lui. Il y a du civil à bord, j'imagine
donc que ç'est moche de voir l'apéro voler en éclats dans
le carré.
Dans ma petite tête, je trouve ça plutôt normal
par gros temps et pas trop grave. Normal, on est en mer.
Elle est très forte, vent d'ouest force 8, la belle bleue
creuse des vagues de 3 à 4 m. peut-être plus et pendant
que les beaux voiliers amarrés solidement au bout du monde
dansent lentement à quelques encablures du Goulet je me
bagarre à nouveau, pas claire du tout, je dégringole lentement
et glisse entre les mots de l'immense Finaz, mon poète salé.
" Les premières nuits, lorsque nous appareillions par temps
de branle, étaient toujours terribles. Le combat s'y réduisait
bien souvent à la lutte contre la torpeur ou la nausée des
houles que nos corps n'avaient pas encore apprivoisées.
"
En passerelle je veux pourtant profiter de
la houle, tout prendre. Le commandant veille au grain, le
marin est debout devant les vitres dégoulinantes à scruter
la mer d'un œil professionnel, s'assurer de la bonne marche
de son bâtiment et de la sécurité du bord.. "
Pas d'héroïsme inutile " dit-il en me voyant
tanguer façon capitaine Jack Sparrow ! . Il a raison et
je décide d'adopter l'horizontalité salvatrice dans la cabine
de Sophie la comops (commandant adjoint opérations), merci
Sophie.
Toutes ces abréviations spécifiques de la
Royale me ravissent. C'est un langage d'extraterrestres
dont je n'ai pas encore le décodeur ! Calfeutrée dans la
cabine et protégée des assauts de la mer, mon esprit vagabond
brosse des tableaux clandestins à bord du R97, une pensée
furtive pour l'écrivain de marine amoureux de sa Jeanne
hante les coursives de mon imaginaire, comme je le comprends
!
Merci l'ami Giraudeau. Bénis soient les marins
qui posent de jolis mots sur la mer. Bercée par cette force
surnaturelle qui me fascine, attentive aux réactions de
la coque, aux grincements si uniques et si particuliers
du navire, je plonge dans des pensées improbables.
Envoûtée, j'essaie d'imaginer les vagues dehors,
l'étrave qui pique dans la plume et accuse des coups de
boutoir désordonnés. J'essaie de visualiser couleurs, opacité,
hauteur, écume, de mesurer l'infiniment petit du Germinal
au milieu de l'immensité, perdu dans l'éternité de Rimbaud.
Mais c'est difficile, abandonnée à Conrad
et son typhon qui habitent mon esprit nomade et rêveur je
suis bien, prête à mourir avec humilité !...Je me crois
au paradis donc j'y suis. " …Une rude journée ! Avec un
vent…très léger !! " traces d'humour du commandant dans
mon carnet de voyages rempli de marcophilie marine.
42° 55 N 6° 17 E 17h30, le bateau file 13
nœuds droit sur Toulon dont l'atterrissage sur la rade sera
magnifique. Sur l'aileron tribord la fuite de l'eau qui
caresse la coque m'hypnotise.
Le FS Clara s'accorde aux tonalités de la
mer et les cadrans également " vert technique " des navires
marchands donnent les mêmes caps. J'ai une double appartenance.
Merci Eric pour la diffusion de ces quelques mots illustrés
sur ta toile.
L'île de Porquerolles est posée comme la galette
de Sein en mer d' Iroise "…un endroit à peine au dessus
de l'eau ! " Quelques 130 images mer calme en boîte, des
pages inachevées du carnet bouclées en atelier après cette
escapade à bord du Germinal dont il me plait à penser que
le nom évoque la germination, la naissance d'une fleur,
le renouveau du printemps.
Sur le pont instable j'aurai rebouché les
flacons d'encre de chine et d'ailleurs, les délicieux calamars
ne seront pas retournés à la mer et c'est tant mieux, le
chef était bien sympa, à bord j'aurai traqué la rouille,
l'équipage, la ferraille qui flotte, le gris royal, l'autre
pacha, prochain commandant du Germinal cueilleur pêcheur
de Polynésie, le bosco, authentique dur qui fait bien son
boulot, les chiens multicolores, les superstructures, les
jeunes sur les cartes fascinantes, les remorqueurs pour
l'ami Jacques, et celle que j'aime plus que tout, qui fatigue
et qu'il faut toujours craindre, qui me happe comme me happe
le grand Sahara, celle pour qui mon cœur bat : la mer. "
…et les autres navires que parfois on envie, parce qu'ils
sont plus beaux et qu'ils vont plus loin. " à quand notre
prochain appareillage Jérôme?
" Terminé barre et machines ! " si vous voulez
que je continue l'aventure, tapez 4 !
Merci commandant pour ces moments magiques.
Vivi Navarro


















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